North York Moors
"Les landes en août prennent une couleur pour laquelle je n'avais pas de nom précis. Pas vraiment violet. Plutôt violet-brun, vivant."
Il y a une qualité de silence particulière sur les North York Moors que je n’ai trouvée que dans quelques endroits en Europe. Ce n’est pas l’absence de son — il y a toujours du vent ici, et des courlis, et parfois une locomotive à vapeur qui souffle quelque part en contrebas — mais une absence de bruit humain qui commence à se faire sentir physiquement au bout d’un moment, comme une égalisation de pression dans les oreilles. J’ai marché sur la lande de Lealholm tôt le matin et me suis arrêté quelques minutes à ne rien faire, ce qui n’est pas dans ma nature, et ça m’a semblé nécessaire d’une façon que je n’aurais pas pu expliquer avant d’arriver.
Les Moors occupent la partie nord du Yorkshire — un haut plateau incliné doucement vers le sud, traversé par de profondes vallées boisées appelées dales (ce qui peut prêter à confusion, les Yorkshire Dales étant une toute autre chose à l’ouest). Le paysage bascule entre ces deux registres — la bruyère exposée et courbée par le vent en altitude, les cours d’eau abrités et les chênaies en bas — souvent en l’espace d’une courte descente.
La bruyère
De fin juillet à début septembre, la bruyère fleurit et les landes prennent une couleur que les photos reproduisent systématiquement mal parce que la saturation semble fausse. Debout au sommet de Roseberry Topping ou de n’importe quelle crête haute pendant la pleine floraison, à regarder vers le sud sur dix kilomètres de violet-brun ininterrompu avec de temps en temps des fermes blanches et la mer du Nord qui capte la lumière à l’horizon est, c’est une de ces expériences où on se retrouve à ne penser à rien de précis parce que le mécanisme pensant a été temporairement réquisitionné par autre chose.
La bruyère n’est pas que du décor. Elle est gérée — brûlée par rotation pour maintenir la bonne structure d’âge, en partie pour la chasse au lagopède, en partie pour l’écosystème de la lande lui-même. La gestion produit les motifs distinctifs en patchwork de différentes hauteurs et couleurs de bruyère qu’on observe depuis les hauteurs.
Goathland et le chemin de fer à vapeur
Le North Yorkshire Moors Railway relie Pickering au nord en traversant les landes jusqu’à Grosmont, où il rejoint la ligne principale vers Whitby. C’est un chemin de fer à vapeur préservé qui exploite une ligne ouverte depuis 1836. L’emprunter n’est pas du tourisme nostalgique — c’est un excellent moyen de voir la vallée de lande qu’il traverse, et les gares de Goathland et Levisham sont suffisamment proches pour qu’on puisse marcher entre elles avec un billet rover et passer la journée à alterner pieds et train.
Goathland elle-même a servi de lieu de tournage pour Heartbeat, une longue série télévisée britannique sur un gendarme de village dans le Yorkshire des années 1960, ce qui lui vaut un type de visiteur particulier qui photographie le pub et le poste de police. Passons là-dessus. La marche au sud de Goathland le long de la route de Beck Hole et jusqu’au fond de la vallée est excellente, surtout après la pluie quand les cascades qui la bordent coulent à plein.
L’abbaye de Rievaulx et les vallées
Les vallées intérieures des Moors — Ryedale, Bilsdale, Farndale — concentrent la plupart de l’histoire humaine. L’abbaye de Rievaulx dans le Ryedale est une ruine cistercienne d’une envergure qui rivalise avec Whitby et Fountains, installée dans une vallée encaissée où la rivière Rye coule sous les murs. Les moines avaient délibérément choisi ces vallées boisées et reculées — la règle cistercienne exigeait l’éloignement des terres habitées — et le résultat est des abbayes qui semblent cachées plutôt qu’abandonnées, comme si les moines étaient simplement partis un après-midi et que la forêt s’était installée poliment.
Farndale mérite une visite fin mars et en avril pour les jonquilles sauvages qui tapissent le fond de la dale le long de la rivière Dove. C’est un spectacle bien connu, mais voir une vraie rivière bordée de narcisses dans une vallée par ailleurs entièrement déserte est quelque chose dont je ne me lasse pas.
Navigation pratique
Les Moors sont traversées par un réseau de chemins de randonnée et un itinéraire longue distance, le Cleveland Way, qui longe les bords ouest et nord avant de piquer vers le sud le long de la côte jusqu’à Filey. La lande elle-même nécessite des cartes IGN et une boussole par faible visibilité, qui s’installe sans grande prévenance. Les vallées sont praticables sans.
Quand y aller : De fin juillet à début septembre pour la floraison de la bruyère — le pic se situe généralement les deux premières semaines d’août mais varie d’une semaine ou deux selon les années. Avril pour les jonquilles de Farndale. Octobre pour les couleurs automnales dans les boisements des vallées et les sentiers vides. Évitez les week-ends du pont d’août quand les parkings aux endroits populaires débordent largement.