Il y a une version du Wadi Rum que tout le monde voit : les Sept Piliers, le canyon de Khazali, les dunes rouges, le pont d’Um Fruth. Ces lieux figurent sur les circuits parce qu’ils sont extraordinaires et que les itinéraires pour y accéder sont bien établis. Il y a aussi une version du Wadi Rum que la plupart des visiteurs n’atteignent pas — le secteur nord, où les traces de jeep ne sont plus que des suggestions et où les massifs portent des noms que seuls les guides bédouins prononcent sans hésiter.
Le Jebel Qatar se trouve dans ce territoire plus calme, une formation de grès dans les confins nord de l’aire protégée, avec des parois qui captent le soleil de fin d’après-midi et une approche par une vallée qui, en novembre, n’avait d’autre trace que des empreintes de chameau. Ahmad nous y a conduits parce que je lui avais demandé ce qu’il montrerait à quelqu’un qui ne veut pas suivre le circuit standard, et ce fut sa réponse, sans hésiter.
L’approche
Le trajet vers le nord depuis la zone principale des tours prend environ 45 minutes sur un terrain de plus en plus incertain. Les traces de jeep ici ne sont pas entretenues — ce sont simplement la mémoire compressée des véhicules précédents, et par endroits le sable s’était glissé par-dessus, et Ahmad naviguait au repère du paysage plutôt qu’à la route visible. Il a désigné le massif de loin et l’a nommé, puis n’a rien ajouté, ce que j’ai trouvé approprié vu ce vers quoi nous roulions.
La vallée qui s’ouvre au pied du Jebel Qatar est l’une des plus plates et des plus larges de l’aire protégée, ce qui donne aux falaises une qualité particulière — elles ne surplombent pas ; elles président. L’échelle est horizontale plutôt que verticale, l’œil se déplaçant en travers plutôt que vers le haut. Le grès ici diffère légèrement de ton de celui de la vallée principale, tirant davantage vers l’ambre que vers le rouge, et les couches de stratification sont visibles en bandes horizontales sur la paroi, comme les pages d’un livre posé sur le côté.
À quoi ressemble la solitude
Nous avons été seuls pendant les trois heures passées là-bas. Pas presque seuls — personne. Aucun autre véhicule, aucune voix, aucun avion. Le vent était léger et venait du sud, et le son dominant était le tic-tac occasionnel du moteur de jeep qui refroidissait et, une fois, quelque chose qui s’est tassé dans la paroi au-dessus de nous. J’ai visité des endroits vendus comme reculés qui n’étaient, en pratique, que simplement peu commodes. Le Jebel Qatar, lui, était la chose réelle.
Il y a une qualité particulière au silence du désert que je ne crois pas avoir su décrire avec justesse avant de l’avoir éprouvée. Ce n’est pas l’absence de son — le vent, le sable, la roche font tous des sons. C’est l’absence de son humain, de cette plage de fréquences spécifique sur laquelle tournent les villes. Au bout d’une heure, j’ai remarqué que je respirais différemment. Plus lentement. Moins comme quelque chose à expédier.
La paroi
La face est du Jebel Qatar capte la lumière de l’après-midi en longs plans horizontaux, les couches de stratification projetant des ombres sur elles-mêmes et créant une carte en relief de l’histoire géologique de la falaise. Dans les parties basses, la roche est noircie par le vernis du désert — ce revêtement noir d’oxydes de manganèse et de fer qui s’accumule sur les surfaces exposées au fil des siècles. Plus haut, là où des éboulements ont mis à nu du grès frais, la couleur vire à l’orange vif.
J’ai trouvé une petite inscription thamoudéenne près de la base de la falaise, quelques marques gravées dans la roche à hauteur de poitrine. Personne n’avait planté de panneau à côté. On aurait dit qu’elle était là depuis deux mille ans sans réclamer d’attention particulière, ce qui est exact.
Quand y aller : À visiter de préférence en extension d’une demi-journée lors d’un séjour de plusieurs jours en campement — le temps de route le rend peu pratique pour une excursion d’une seule journée depuis l’extérieur de l’aire protégée. D’octobre à avril pour des températures confortables. Demandez expressément le secteur nord lors de la réservation de votre guide ; beaucoup d’itinéraires standards ne l’incluent pas et il vous faudra peut-être le demander directement.