Une immense arche de grès enjambant un vide bien au-dessus du désert du Wadi Rum, roche orange sur un ciel d'un bleu profond, la vallée s'étirant jusqu'à l'horizon
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Le pont rocheux de Burdah

"D'en bas, ça paraît impossible. D'en haut, on dirait tout le désert posé à plat."

J’ai failli ne pas y aller. Le chauffeur du jeep — un homme discret nommé Ahmad, qui guidait dans le Wadi Rum depuis quinze ans — décrivait l’ascension du pont de Burdah comme « pas difficile, juste longue ». Ce fut la litote la plus diplomate que j’ai rencontrée en Jordanie. L’approche demande environ une heure d’escalade sur des arêtes de grès de plus en plus raides, les mains plus que les pieds, avec une exposition qui s’accumule peu à peu jusqu’à ce qu’on réalise qu’on est plutôt haut et qu’il n’y a pas de retour propre, sinon par où l’on est venu.

L’arche elle-même n’est pas visible avant qu’on soit presque dessus. On franchit un chaos de blocs et soudain elle est là — une travée de grès au-dessus du vide, peut-être sept mètres de large en son point le plus étroit, avec un gouffre de quarante mètres de chaque côté et tout le Wadi Rum visible au sud.

L’ascension

L’itinéraire de montée suit une ravine sur la face sud-est du Jebel Burdah, balisée par les empreintes des grimpeurs précédents dans le sable et par de petits cairns qui apparaissent et disparaissent selon que le vent a été actif récemment ou non. Il y a quelques passages où la roche est polie, lustrée par l’usage, ce qui est à la fois rassurant (beaucoup de gens l’ont fait) et un peu inquiétant (beaucoup de gens en ont usé l’adhérence).

J’y suis allé en novembre, quand la roche était fraîche et que mes mains ne transpiraient pas. En juillet, je soupçonne que l’expérience serait nettement moins agréable. L’approche finale de l’arche traverse une vire avec une chute abrupte d’un côté — pas de l’escalade technique, mais pas anodin non plus. Les sandales ne conviennent pas. Emportez une gourde accessible sans avoir à retirer votre sac.

Sur le pont

Se tenir sur l’arche m’a paru absurde dans le meilleur sens du terme. Le grès sous les pieds est rugueux et solide, rien à voir avec l’arche d’apparence fragile qu’on voit de loin. J’ai marché jusqu’au milieu et regardé en bas, à travers la brèche — le sol du désert tout en bas ressemblait à une carte, les traces de jeep dessinées dans le sable comme des traits de crayon.

Ce que je n’avais pas anticipé, c’était le vent. Là-haut, sur l’arche, il arrive du sud-ouest sans rien pour le briser, et il porte une odeur de poussière chaude et quelque chose de vaguement minéral, comme un silex qu’on frappe. Lia est restée en retrait, sur la vire en dessous de l’arche ; le vide est sa forme bien à elle du « pas aujourd’hui », ce que je respecte. J’ai pris des photos où elle n’a pas besoin d’apparaître.

Ce que montrent vraiment les vues

Du sommet de Burdah, par temps clair, on voit l’ensemble de l’aire protégée — le fond de la vallée principale, les doigts de canyon s’enfonçant dans les massifs de grès, et à l’horizon est, la ligne basse et bleue du plateau de la Hisma. À l’ouest, l’escarpement du Jebel Rum. C’est le genre de vue qui rend l’ascension rétroactivement plus facile qu’elle ne l’a été.

La descente a pris quarante minutes. Mes genoux s’en sont souvenus le lendemain.

Quand y aller : D’octobre à avril, quand les températures rendent l’effort physique supportable. L’ascension prend 2 à 3 heures aller-retour ; partez avant 8 h aux mois les plus chauds pour terminer avant la chaleur de midi. Engagez un guide local — l’itinéraire n’est pas toujours évident et un guide fait toute la différence entre une aventure et un problème de navigation.