Wilsons Promontory
"Debout à South Point, on sait intellectuellement qu'il y a de la terre au bas de la planète. La vue suggère le contraire."
Wilsons Promontory est à trois heures de Melbourne en voiture, et les trente derniers kilomètres se font sur une route unique qui dit quelque chose sur ce qu’on approche : nulle part ailleurs où aller, aucune autre raison d’être sur cette route. The Prom, comme tout le monde l’appelle, est une péninsule de granite s’avançant dans le détroit de Bass, couverte d’eucalyptus denses et de lande côtière, entourée de plages qui ont l’air improbables et sont pourtant réelles.
Arriver à Tidal River
Le principal établissement est Tidal River, un camping de parc et un centre d’accueil où la rivière Tidal rencontre la plage. Il n’y a pour ainsi dire pas de commerces, aucun réseau mobile digne de confiance, et un camping qui se réserve des mois à l’avance pour n’importe quel long week-end entre octobre et avril. J’y suis arrivé un jour de semaine en mars et j’avais tout l’espace qu’il me fallait.
La rivière rejoint la plage d’une façon qui crée un lagon à marée basse, chaud et peu profond, parfait pour les enfants heureux de barboter pendant quatre heures dans de l’eau à hauteur de genou pendant que les parents lisent des romans de plage dans des chaises de camping. Je ne suis pas un enfant mais j’y suis entré quand même. L’eau était chaude et le sable sous mes pieds était fin, blanc et grinçait.
Squeaky Beach
La plage s’appelle Squeaky Beach parce que le sable grince sous les pieds, un phénomène causé par l’uniformité particulièrement arrondie des grains de quartz, et une fois qu’on l’a entendu on ne peut plus se défaire de ce son. Je l’ai parcourue en entier deux fois, légèrement perturbé par ce bruit. La plage est cernée de rochers de granite aux formes arrondies qu’on voit dans certaines baies de Tasmanie et sur des photos de plages que j’ai toujours associées à la Scandinavie — de grandes sphères lisses empilées comme si elles avaient été disposées intentionnellement.
L’eau au large était du genre de bleu qui nécessite l’absence de ruissellements et un certain angle de lumière australe pour exister, et elle avait les deux.
La marche jusqu’à South Point
La marche jusqu’à South Point — la pointe la plus méridionale du continent australien — fait environ dix-neuf kilomètres dans chaque sens, une randonnée de deux jours avec un camping à Roaring Meg et un autre à South Point même. Je l’ai faite sur deux jours, en partant avant six heures du matin quand la lumière était basse et orangée et que les wombats n’avaient pas encore quitté le sentier. Trois wombats. Se déplaçant lentement, formés comme quelque chose dessiné par quelqu’un qui avait entendu parler d’aérodynamisme mais n’était pas intéressé à l’appliquer.
Le sentier traverse la lande côtière, puis la forêt, puis des promontoires de granite avec le détroit visible de trois côtés. À South Point, le phare est blanc contre un ciel qui s’était dégagé pendant la nuit et le vent venait du sud-ouest, c’est-à-dire de l’océan Austral, c’est-à-dire de nulle part. La prochaine masse terrestre dans cette direction est l’Antarctique.
Je suis resté là un moment à réfléchir à cela. Puis j’ai mangé mon pique-nique et j’ai refait le chemin en sens inverse.
La faune sauvage
The Prom est l’un des meilleurs endroits du Victoria pour observer une faune sauvage qui n’a pas été mise en scène pour le regard. Les wombats traversent les routes à Tidal River dès le crépuscule avec une assurance qui suggère qu’ils ont conclu un accord avec la direction du parc. Des émeus se tiennent sur la plage et vous regardent fixement. Des wallabies apparaissent en lisière du camping le matin et mangent l’herbe autour des sardines de tente sans la moindre inquiétude apparente.
La faune ici a appris que les humains ne sont pas dangereux et n’a pas encore compris que cela devrait l’étonner. Partager l’espace avec eux — ou plutôt, ne pas interagir et simplement exister dans le même espace — est l’une des meilleures expériences que propose the Prom.
Quand y aller : Le printemps (septembre–novembre) pour les fleurs sauvages et des températures douces. L’automne (mars–mai) pour une eau encore chaude et des campings moins pleins après les vacances scolaires. Évitez les longs week-ends d’été sauf si vous réservez des mois à l’avance. L’hiver est froid et venteux mais magnifique, et le parc est presque vide.