Une route étroite serpentant entre d'imposantes falaises rocheuses et une dense forêt verte dans un col de montagne
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Smugglers' Notch

"La route s'est rétrécie jusqu'à ce que je sois à peu près certain qu'elle avait cessé d'être une route."

Le Notch s’annonce en rapetissant. On roule vers le nord depuis Stowe par la Route 108, la vallée se referme, puis la route se met à se faufiler entre des blocs gros comme des maisons, des falaises penchant des deux côtés. À un endroit, j’ai dû replier les rétroviseurs et compter sur le fait que la voiture venant en sens inverse en ferait autant. Lia commentait les formations rocheuses avec une alarme croissante. Puis ça s’ouvre au sommet et toute l’étrange beauté resserrée du lieu atterrit d’un coup.

Smugglers’ Notch est un haut col de montagne qui se coince entre le mont Mansfield, le plus haut sommet du Vermont, et la chaîne de Sterling. Le nom est de l’histoire honnête. Au début du XIXe siècle, quand l’embargo de Jefferson interdit le commerce avec le Canada britannique, ce défilé caché devint une route pour déplacer marchandises et bétail vers le nord et le sud à l’abri des regards. Plus tard, il porta des fugitifs en route vers le Canada et, pendant la Prohibition, de l’alcool en sens inverse.

La route qui ferme

Ce qui rend le Notch différent d’une route panoramique ordinaire, c’est que l’État renonce tout simplement à elle chaque hiver. La route est trop raide, trop étroite et trop sujette au verglas et aux chutes de pierres pour rester ouverte, si bien que d’octobre à mai environ le tronçon supérieur est barrière et abandonné à la neige. Il devient un itinéraire de ski de randonnée et de raquettes, silencieux hormis le craquement occasionnel de la glace qui se détache quelque part sur les falaises.

D'énormes blocs couverts de lichen se pressant dans un col de montagne boisé

Nous y sommes allés au début de l’automne, la route encore ouverte et les érables commençant à peine à virer. Nous nous sommes garés en haut et avons escaladé le champ de blocs, où l’air froid s’échappe des interstices entre les pierres même par temps chaud : on peut se tenir à l’entrée de l’une des grottes d’éboulis et sentir la fraîcheur s’en échapper comme d’un congélateur ouvert. Les habitants les appellent les grottes froides, et elles gardent de la glace jusque tard dans l’été.

Vers le Mansfield

Depuis la hauteur du col, les sentiers grimpent raide dans les deux sens. Le chemin vers la crête du Mansfield est une véritable escalade de Nouvelle-Angleterre : racines, roche glissante, quelques échelons de fer scellés dans une corniche. Nous ne sommes pas allés jusqu’au sommet ; nous sommes montés assez haut pour que les arbres s’éclaircissent et que la vue s’ouvre vers le sud, en aval de la vallée que nous avions remontée, la route un mince ruban entre les falaises.

Une vue sur une vallée boisée depuis un belvédère rocheux aux premières couleurs d'automne

En redescendant, nous avons croisé un couple de septuagénaires montant avec des bâtons de marche et une détermination imperturbable. Le Vermont est plein de gens comme ça. C’est un État qui prend ses modestes montagnes personnellement et attend de vous que vous suiviez.

Aspects pratiques et un avertissement

Le trajet par le Notch n’est pas pour les grands véhicules : les camping-cars et les camions restent coincés dans les épingles chaque année, malgré des panneaux grands comme des affiches publicitaires leur disant de ne pas essayer. Si vous êtes dans quoi que ce soit de plus gros qu’une voiture ordinaire, prenez le long détour. Et si vous venez hors saison estivale, vérifiez si la route est ne serait-ce qu’ouverte avant d’y pointer la voiture.

Quand y aller : de fin septembre à mi-octobre pour le feuillage, qui est vraiment aussi beau que sur les cartes postales. L’été est luxuriant et fréquenté ; le plein hiver transforme la route fermée en une belle et silencieuse randonnée à ski pour ceux qui sont équipés.