Le mont Yasur en éruption la nuit, des bombes de lave décrivant des arcs dans un ciel sombre et la silhouette d'un visiteur observant depuis le bord du cratère
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L'île de Tanna

"Debout au bord du cratère, le sol vibrait à travers mes bottes et j'ai cessé de penser."

L’avion pour Tanna est assez petit pour qu’on soit assis à côté du pilote et qu’on la regarde cocher des éléments sur une liste plastifiée avec un stylo. On a atterri sur une piste en herbe au milieu d’une île qui, vue du ciel, semblait entièrement verte et entièrement indifférente au monde moderne. J’étais déjà déstabilisé de la meilleure façon possible avant même de débarquer.

Tanna est l’île où les gens viennent pour le mont Yasur, et à juste titre — mais rester uniquement pour le volcan, c’est manquer tout le reste, qui est tout aussi étrange et tout aussi méritant d’effort.

Yasur après la tombée du jour

Le mont Yasur est classé parmi les volcans actifs les plus accessibles de la planète, ce qui signifie qu’on peut se tenir sur son bord et le regarder entrer en éruption sans équipement spécialisé ni envie de mourir. Je l’ai fait de nuit, ce qui est la seule façon de le faire correctement. Le chemin qui monte est une terre rouge et de la cendre, et à mi-chemin j’ai senti le premier martèlement sourd sous mes pieds — pas entendu, senti. Au bord, le cratère s’ouvre sous vous et les explosions viennent à intervalles irréguliers : une toux souterraine profonde, puis une colonne de feu, puis des rochers de la taille de téléviseurs décrivant des arcs à travers la fumée. La chaleur sur mon visage venait par vagues. Je suis resté là deux heures et le bruit a réarrangé quelque chose dans ma poitrine.

Les guides locaux sont très sérieux concernant le positionnement — ils lisent la direction du vent et déplacent le groupe en conséquence sans drama. Ce n’est pas du théâtre. Le volcan a tué des gens. On le ressent, ce qui fait partie de ce qui rend l’expérience si extraordinaire.

John Frum et les villages kastom

Tanna abrite le culte du cargo de John Frum, un mouvement spirituel qui a émergé dans les années 1930 et est toujours très actif. Les villages de l’intérieur de l’île maintiennent des cérémonies, des hiérarchies et des croyances que les étrangers ne sont autorisés à observer qu’à certaines conditions. J’ai visité un village où des hommes en tenue traditionnelle ont exécuté une danse pratiquée depuis avant la période coloniale — pieds nus sur la terre battue, le son de la percussion de bambou, l’odeur de la fumée de bois. Mon guide, un homme du nom de Sam qui avait grandi dans un village voisin, a expliqué la signification de chaque mouvement avec une patience et une précision qui montrait clairement qu’il l’avait fait avant et qu’il tenait beaucoup à le faire correctement.

Ne photographiez pas les cérémonies sans autorisation explicite. Ne les traitez pas comme un spectacle organisé pour les touristes, même quand le tourisme finance clairement tout ça.

Les trous bleus et le sud

L’extrémité sud de Tanna a un littoral qui oscille entre le sable volcanique noir et une eau d’un bleu saisissant. Il y a des sources d’eau douce qui remontent à travers les fonds marins près du rivage, créant des zones froides qu’on traverse à la nage comme si on passait dans une autre pièce. Le contraste — la violence de Yasur derrière vous, cette côte bleue et calme devant — est le genre de chose qui fait que des îles comme Tanna semblent vraiment désorientantes.

J’ai loué un 4x4 avec un chauffeur local pour une journée afin de couvrir le sud. Les routes, telles qu’elles sont, exigent un engagement total. Nous avons dépassé plusieurs villages où des enfants couraient à côté du camion en criant en bichlamar. Le chauffeur klaxonnait à chaque fois.

Aspects pratiques

La plupart des visiteurs s’installent près de Lenakel sur la côte ouest. L’hébergement est basique — surtout des maisons d’hôtes — et la nourriture est locale et simple. Le kava ici est parmi les plus forts que j’aie trouvés dans tout le Vanuatu, et les nakamals de Lenakel se remplissent dès dix-huit heures.

Quand y aller : De mai à octobre pour les nuits claires et sèches sur le Yasur — les nuages et la pluie obscurcissent la vue sur le cratère et l’éclairage dramatique. Le volcan entre en éruption toute l’année, mais la visibilité compte énormément. Évitez février et mars quand le risque cyclonique est le plus élevé.