Le vaste plateau rocheux du Bolchoï Iremel sous un large ciel bleu, un randonneur solitaire écrasé par l'étendue de toundra et de quartzite s'étirant jusqu'au cairn du sommet
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Mont Iremel

"Les Bachkirs la disaient sacrée. Après une journée là-haut, ça paraît la conclusion raisonnable."

L’Iremel est le deuxième plus haut sommet de l’Oural méridional, et contrairement à la Narodnaïa, il est assez accessible pour se faire en une rude randonnée à la journée ou en une nuitée confortable. Le village de départ de Tioulouk se trouve dans une vallée qui capte l’angle de la lumière de l’après-midi d’une façon qui donne aux vieilles maisons en bois l’air d’être conservées dans l’ambre. Les montagnes s’élèvent abruptement sur trois côtés. La route d’accès n’est pas goudronnée sur les vingt derniers kilomètres.

L’approche à travers la forêt

Le sentier vers l’Iremel commence dans une forêt dense d’épicéas et de sapins, montant régulièrement sur un chemin bien tracé à travers des systèmes de racines qui se transforment en escaliers naturels. La première heure n’est que canopée — lumière verte filtrée, le bruit d’un ruisseau coulant parallèlement au sentier, l’odeur d’écorce mouillée et de résine que l’Oural méridional réussit mieux que partout ailleurs où je suis allé en Russie. C’est l’odeur que j’associe à la véritable nature sauvage, pas à la forêt aménagée.

Au-dessus de 900 mètres, les arbres commencent à se tasser — mêmes espèces, moitié moins hauts — puis s’amenuisent entièrement en krummholz, ces formes naines et tordues qui marquent la limite des arbres. La transition se fait sur environ deux cents mètres de dénivelé et elle est assez graduelle pour qu’on ne la remarque pas avant de se retrouver soudain à découvert, le ciel doublant de taille.

Le plateau

La zone sommitale du Bolchoï Iremel est un plateau plutôt qu’un pic acéré, et c’est ce qui le distingue. On n’arrive pas à un point pour faire demi-tour. On débouche sur une vaste étendue de quartzite et de végétation de toundra — camarine, myrtille, laîche alpine en tapis bas — et le cairn du sommet se dresse à l’une de ses extrémités, à environ 1582 mètres. Le plateau est assez grand pour qu’on puisse y errer une heure sans repasser sur ses pas.

J’y suis allé début septembre, quand les myrtilles étaient mûres, dodues et sombres, et j’en ai mangé sans doute un demi-kilo en traversant le sommet, les doigts tachés de bleu-noir au bout du compte. La lumière faisait ce truc d’automne en angle rasant où tout semble éclairé de côté, et les ombres des rochers du cairn s’étiraient sur trois mètres vers l’est.

Le lien bachkir

L’Iremel est traditionnellement sacré dans la croyance animiste bachkire — une montagne où vivent les esprits et où l’on laissait des offrandes. Le village de Tioulouk est ethniquement mixte, mais il y a ici une conscience d’être au Bachkortostan, du fait que le paysage signifie quelque chose de précis pour le peuple dont c’est le territoire. J’ai interrogé un guide local à ce sujet et j’ai obtenu une réponse prudente sur la façon dont le statut de réserve naturelle de la montagne a contribué à la protéger de l’exploitation forestière de l’ère soviétique, et sur le fait que ce n’est pas une coïncidence.

La cuisine régionale, en bas dans la vallée, reflète l’héritage bachkir : bichbarmak à la viande de cheval, fromage séché qort, kumis si vous en voulez. Lia en voulait. Le lait de jument fermenté est un goût qui s’acquiert et elle s’y est mise avec plus d’enthousiasme que je n’y suis parvenu.

Le Maly Iremel

Le sommet secondaire, le Maly Iremel, se trouve à deux kilomètres du sommet principal et lui est relié par une marche de crête qui ajoute une heure au circuit. Il est plus bas et moins fréquenté, mais les vues qu’il offre vers le Bolchoï Iremel sont sans doute meilleures — on y voit tout le profil du sommet principal, l’abrupte face occidentale plongeant dans la forêt, le plateau courant le long du faîte.

En redescendant en fin d’après-midi, les ombres dans la forêt étaient déjà longues, la lumière dorée à travers les épicéas, et le ruisseau qui longeait le sentier le matin était plus bruyant à présent dans le silence. Le timing parfait, en somme.

Quand y aller : Juillet et août pour les conditions les plus clémentes et les fleurs sauvages des pentes basses. Septembre pour les baies d’automne et les couleurs de la forêt de la vallée — ma préférence. La raquette en février et mars est prisée des Russes qui connaissent la montagne ; le plateau sommital sous la neige est extraordinaire. Évitez juin, quand la fonte des neiges détrempe les approches du sentier et que les moustiques au-dessus de la limite des arbres restent une sérieuse considération.