Perugia
"Le meilleur espresso que j'aie bu en Italie venait d'un bar sans nom, coincé entre deux pierres étrusques."
Perugia est juchée sur une crête comme quelque chose assemblé au fil d’une très longue dispute — couches étrusques, romaines, médiévales et Renaissance entassées si densément qu’on perd le fil du siècle dans lequel on se promène. Je suis arrivé en train, j’ai pris l’escalator qui remonte à travers les entrailles souterraines de la vieille ville, et j’ai débouché en clignant des yeux sur une piazza qui ressemblait moins à du tourisme qu’à de la vraie vie se déroulant à une altitude franchement peu commode.
Le Corso et la Piazza
La rue principale, le Corso Vannucci, est le genre d’artère piétonne que les villes italiennes font mieux que quiconque : assez large pour la passeggiata du soir, flanquée de palais abritant des banques et des pâtisseries en proportions égales. Elle se termine sur la Piazza IV Novembre, où j’ai passé la majeure partie de mon premier après-midi. La Fontana Maggiore trône au centre, un bassin sculpté du XIIIe siècle qui semble trop délicat pour les siècles qu’il a traversés. Lia traçait les reliefs du bout des doigts pendant que je mangeais un sandwich à la porchetta acheté à un stand voisin, le gras encore chaud, les herbes agressives dans le meilleur sens du terme.
Les ossements étrusques
Sous la ville médiévale se cache une cité plus ancienne. La Rocca Paolina, une forteresse que le pape a construite en enfouissant littéralement tout un quartier médiéval, contient aujourd’hui ces mêmes rues conservées dans une étrange suspension — des arcades, des portes, des escaliers qui ne mènent nulle part. S’y promener ressemble à une autopsie architecturale. Et puis il y a l’Arc étrusque, une porte si massive qu’elle fait paraître les bâtiments alentour provisoires. Perugia a toujours reposé sur quelque chose de plus ancien, et elle ne cherche pas à le dissimuler.
L’énergie de l’Università per Stranieri
L’université pour étrangers de Perugia remplit la ville d’étudiants apprenant l’italien depuis tous les coins du monde. Il en résulte une énergie étrangement cosmopolite pour une bourgade ombrienne perchée sur ses collines — les bars restent ouverts tard, un mélange de langues résonne dans les piazzas, une impression générale que la soirée n’a pas encore atteint son apogée à neuf heures. J’ai trouvé ça rafraîchissant après des semaines dans des villes qui semblaient conservées pour les visiteurs sans être vraiment habitées. Ici les gens se disputaient dans un mauvais italien, tombaient mal amoureux, mangeaient à des heures improbables. C’était vivant.
Le chocolat et la longue descente
La ville produit les chocolats Perugina — les Baci, précisément — et le festival du chocolat d’octobre s’empare de tout le corso pendant une semaine. Hors saison festivalière, les boutiques de la rue principale en vendent encore au sachet, et j’en ai acheté bien plus que nécessaire. La descente vers la gare, par le long passage médiéval souterrain, est une de ces expériences de transition qui donne l’impression que l’arrivée s’est méritée. L’Ombrie apparaît au loin : collines vertes, bourgs perchés dans le lointain, la région entière étalée comme la preuve que certains endroits ressemblent vraiment à leurs cartes postales.
Quand y aller : D’avril à juin pour un temps doux et des rues peu fréquentées. Octobre amène le festival Eurochocolate — chaotique et ça vaut le coup. Éviter août quand l’université se vide et que la chaleur fait suffoquer la ville de pierre. Novembre et mars sont sous-estimés : la lumière devient dorée et les bars sont pleins de locaux.