Nukufetau
"Vu du ciel, l'atoll ressemble à un dessin d'enfant — un anneau parfait, comme si l'océan avait décidé de faire une démonstration."
Depuis le hublot de l’avion inter-îles — lors des rares occasions où un vol passe par les atolls extérieurs — Nukufetau apparaît indéniablement circulaire. Trente-trois motu forment un anneau presque ininterrompu autour d’un lagon central qui n’a aucune raison d’être aussi calme qu’il l’est, vu ce que le Pacifique ouvert fait juste de l’autre côté du récif. L’atoll abrite des choses bien avant que quiconque soit arrivé pour le remarquer.
La forme de l’eau
La géométrie du lagon de Nukufetau est la première chose qui frappe et celle sur laquelle on revient sans cesse. Aux faibles angles du soleil, surtout le matin et en fin d’après-midi, l’eau enclose prend une couleur différente de celle de l’océan environnant — plus sombre, plus saturée, comme un bassin qui a eu le temps de se creuser sans être dérangé. Les motu qui forment le pourtour vont de larges étendues couvertes de végétation à d’étroits bancs de sable qui disparaissent à marée haute, mais ensemble ils créent une enceinte qui donne au lagon une allure presque architecturale.
J’ai passé une journée entière à longer en bateau le bord intérieur de l’atoll, m’arrêtant là où le platier du récif était visible, pataugeant dans une eau à hauteur de genou sur un sable du blanc fin et sec du sucre, intact. J’ai trouvé des bernard-l’ermite dans des coquilles trop grandes pour leurs ambitions, et une murène logée sous une tête de corail qui m’a observé avec le mépris propre aux murènes.
Savave : l’unique village
Toute la population de Nukufetau — actuellement environ 470 personnes — vit à Savave, sur le principal motu occidental. La disposition du village suit le schéma tuvaluan classique des atolls extérieurs : une seule piste courant sur toute la longueur de l’île, des maisons en retrait à l’ombre, le maneapa au centre, l’église à proximité. Ce qui distingue Savave des autres atolls, c’est la qualité particulière de sa lumière en fin d’après-midi, lorsque le soleil descend du côté du lagon et que le village entier vire à l’ambre.
La communauté entretient des vergers d’arbres à pain sur plusieurs des plus grands motu inhabités, accessibles en pirogue et récoltés selon un calendrier saisonnier. Le fruit de l’arbre à pain, rôti ou fermenté en pâte de longue conservation appelée ma, reste ici un aliment de base d’une manière qu’il n’est plus à Funafuti, où le riz importé l’a largement remplacé. C’est à Nukufetau que j’ai goûté pour la première fois du fruit de l’arbre à pain fermenté, à l’insistance d’un vieil homme nommé Teika qui voulait ma réaction sans filtre. Ma réaction fut diplomatique. Son rire laissait penser qu’il savait exactement ce que j’en pensais réellement.
Le récif extérieur
Le bord oriental de Nukufetau encaisse toute la force des houles du Pacifique, et le récif extérieur y porte la marque de l’énergie accumulée de ces impacts : murs de corail brisé, chenaux de déferlement, l’occasionnelle vague énorme qui arrive sans prévenir et réorganise tout dans la zone. Ce n’est pas un endroit où plonger en apnée sans précaution.
À l’intérieur de ce même bord, dans l’abri créé par la lèvre du récif, l’eau est tout autre chose. Des jardins de corail poussent dans le calme : coraux de table aussi larges qu’une table à manger, coraux cerveau de la taille et de la texture des crânes qui leur ont donné leur nom, forêts de corne de cerf où les poissons-chirurgiens se déplacent en formation. Le contraste entre la violence à cinq mètres de là et l’immobilité ici donnait l’impression que l’atoll faisait étalage de ses talents.
Liens avec le monde élargi
Nukufetau figure dans les archives de la Seconde Guerre mondiale comme un point d’activité alliée, à l’instar de plusieurs atolls tuvaluans. Il est aussi remarquable pour avoir été le point d’atterrissage du premier câble télégraphique à atteindre Tuvalu — une connexion d’infrastructure au monde élargi qui précéda de loin toute route, tout aéroport, tout approvisionnement fiable en quoi que ce soit d’autre. Un câble a touché terre ; c’était cela, le contact. Cela m’a paru une métaphore de la manière dont ces îles se sont toujours rapportées au monde : recevant des signaux d’ailleurs, restant là où elles sont.
Quand y aller : de juin à septembre pour un temps stable et une eau plus claire. Le voyage exige d’attraper le calendrier des navires inter-îles depuis Funafuti, qui circulent une fois par mois — organisez-vous autour de lui plutôt que de compter sur une quelconque flexibilité.