Aire de conservation de Funafuti
"Le bloc de corail avait la taille d'une petite voiture et était plus vieux que tout ce à côté de quoi j'avais jamais nagé."
L’aire de conservation de Funafuti a été créée en 1999, couvrant trente-trois kilomètres carrés d’océan, de récif et d’îlots inhabités le long de la bordure occidentale de l’atoll. Pour s’y rendre, il faut un bateau — quarante-cinq minutes au minimum depuis Fongafale, davantage selon votre destination — et l’absence de tout établissement humain permanent. Ces deux faits ont fait davantage pour la vie marine d’ici que n’aurait pu le faire n’importe quel plan de gestion.
Le circuit des motu
L’aire de conservation protège six motu inhabités égrenés le long de la bordure occidentale de l’atoll comme des perles sur un fil détendu : Tepuka, Fuafatu, Vasafua, Fualopa, Fuakea et Tefala. Chacun a son caractère propre. Tepuka est le plus grand, ombragé par des arbres à pain et des cocotiers matures dont les racines fouillent les débris coralliens. Vasafua n’est guère plus qu’un banc de sable à marée haute, d’un blanc éclatant et d’apparence éphémère. Tefala, le plus au sud, se trouve à la limite extérieure du récif et reçoit toute la force de l’alizé du sud-est.
J’ai fait le circuit en deux jours sur un bateau emprunté, avec un guide local nommé Sione, qui connaissait les hauts-fonds comme certains connaissent leur propre maison — sans y penser, corrigeant le cap d’instinct. Nous nous arrêtions là où la couleur du récif changeait, c’est-à-dire là où se trouvaient les poissons.
Architecture sous-marine
La plongée avec tuba ici est, sans exagération, parmi les meilleures que j’aie rencontrées où que ce soit dans le Pacifique. Le côté du lagon intérieur offre une eau calme et une visibilité extraordinaire — trente mètres par beau temps — au-dessus d’une plate-forme récifale où des bénitiers de la taille de grosses caisses marquent leur territoire de manteaux d’un violet vif et d’un bleu électrique. J’ai compté onze espèces de poissons-papillons en un seul après-midi, sans même chercher.
Le tombant du récif extérieur est différent : une paroi qui plonge dans une obscurité cobalt tandis qu’au-dessus, des chenaux de déferlement déplacent l’eau d’avant en arrière au rythme de la houle. Des requins gris de récif tiennent leur position dans le courant, parfaitement perpendiculaires au flux sans effort. Un grand napoléon m’a suivi comme une ombre pendant dix minutes, curieux à la manière dont seuls les très vieux poissons semblent l’être.
Ce qui m’a le plus frappé, c’est la structure du corail elle-même — complexe, tridimensionnelle, largement intacte. Aucune cicatrice d’ancre. Aucun couloir de blanchiment. Le genre de récif qui demande des générations à construire et un après-midi à détruire, et qui survit ici parce que presque personne ne vient.
Les oiseaux qu’on n’attend pas
Les motu abritent d’importantes colonies d’oiseaux marins. Sur Vasafua, un étroit cordon sableux accueille des noddis bruns et des gygis blanches nicheurs dont les œufs reposent directement sur le sable sans aucun semblant de nid. Les gygis blanches, surtout, ont l’habitude déconcertante de planer à hauteur d’yeux, assez près pour qu’on compte les plumes une à une, vous fixant d’un œil orange à la fois.
Les frégates tournoient au zénith à midi, profitant des thermiques sans un battement d’aile, leur queue fourchue ajustant la direction par des micro-mouvements qui ressemblent à une barre de gouvernail. J’ai observé un mâle gonfler sa poche gulaire rouge pendant vingt minutes pour tenter d’attirer une femelle qui n’y prêtait aucune attention. Voyager vous enseigne la patience.
Notes pratiques pour s’y rendre
Aucun voyagiste commercial n’opère ici, à quelque échelle que ce soit. Il faut organiser un bateau par l’intermédiaire des pensions de Funafuti — la plupart peuvent vous mettre en relation avec un pilote fiable qui connaît la zone. Apportez tout : eau, nourriture, protection solaire, matériel de tuba. Il n’y a rien sur aucun des motu. Cette absence est précisément le but.
Quand y aller : L’aire de conservation se visite au mieux de mai à septembre, lorsque les alizés du sud-est maintiennent la surface du lagon calme et que la visibilité atteint son maximum. Évitez janvier et février, lorsque les houles d’ouest peuvent rendre le récif extérieur dangereux et que les orages de l’après-midi éclatent sans grand préavis.