Fongafale
"Le ministère des Affaires étrangères se trouve dans le même pâté de maisons que la quincaillerie. Ce n'est pas une métaphore de quoi que ce soit. C'est simplement ainsi que l'espace fonctionne ici."
Fongafale est l’îlot principal de l’atoll de Funafuti, et c’est là que se concentre tout ce qui constitue la vie nationale aux Tuvalu : le parlement, l’hôpital, l’unique hôtel, le marché, l’aéroport, le bâtiment des télécommunications, les trois ambassades étrangères (Australie, Japon et Taïwan) et la plus forte densité des 11 000 habitants du pays. Marcher d’un bout à l’autre du centre de Fongafale prend quinze minutes au pas du touriste. Au pas décidé, moins.
L’anatomie d’une capitale
L’agencement de la partie urbaine de Fongafale — un terme qui demande une certaine générosité — est le produit d’une planification coloniale, d’une improvisation post-indépendance et de la contrainte rigide d’une masse terrestre dont la largeur moyenne avoisine peut-être quarante mètres. Les bâtiments gouvernementaux se regroupent à l’extrémité sud de la piste, modestes par leur taille et délavés par l’humidité tropicale en nuances de crème et de gris-bleu. Le marché se tient plusieurs matins par semaine près du quai principal, vendant du poisson frais, des produits des îles périphériques et, à l’occasion, de l’artisanat.
J’ai passé une matinée à marcher de l’église catholique au sud jusqu’à la tour des télécommunications au nord, soit une distance d’environ deux kilomètres, et j’ai compté chaque catégorie de bâtiment que je pouvais identifier. Bureaux gouvernementaux : onze. Églises : quatre, appartenant à différentes confessions arrivées chacune à des moments distincts de la période coloniale et en désaccord poli mais constant depuis lors. Magasins : huit. Restaurants : deux, au sens large.
La piste comme place du village
La piste de l’aéroport est le centre fonctionnel de la vie sociale de Fongafale, à la manière d’une place dans une ville mexicaine ou d’un pub dans un village anglais. Deux fois par jour, lorsque les vols opèrent, la communauté se matérialise pour regarder l’avion atterrir — non par un quelconque enthousiasme aéronautique, mais parce que c’est ainsi que les nouvelles arrivent, que les proches reviennent, que le monde extérieur fait ses apparitions programmées. Entre les vols, la piste est reconquise par les motos, les ballons de foot et le coq occasionnel.
Le soir, les familles arpentent la longueur de la piste en guise d’exercice. La bande est éclairée sur ses bords par de basses lampes solaires qui projettent une lumière chaude sur le béton. Le lagon est visible à l’ouest, s’assombrissant rapidement après le coucher du soleil ; l’océan à l’est est audible mais invisible dans l’obscurité. En arpentant la piste à cette heure, avec le vent du Pacifique et les derniers restes du jour devenus orange, j’ai eu beaucoup de mal à vouloir être ailleurs.
Pression du temps et du climat
Fongafale porte les marques d’une communauté qui affronte une question existentielle en temps réel. Certaines portions de l’extrémité sud de l’îlot ont été surélevées avec du remblai de corail, créant de petites élévations au-dessus de la ligne de marée haute. Des digues bordent une partie du rivage du lagon. Les bâtiments sont de plus en plus construits sur des fondations surélevées. Rien de tout cela n’est invisible, et rien de tout cela n’est suffisant ; c’est de l’adaptation au sens technique du terme — gagner du temps, ajuster les conditions.
Les ministères présents ici gèrent des négociations climatiques qui ont porté la cause des Tuvalu devant les instances internationales, liant l’aide au développement à la réduction des émissions, plaidant dans des enceintes conçues pour des nations bien plus grandes que la petitesse ne disqualifie pas d’avoir des intérêts. Le ministre des Affaires étrangères et les pêcheurs travaillent sur le même îlot. Quand on comprend cela, l’échelle de Fongafale cesse de ressembler à une limite et commence à ressembler à de la clarté.
Marchés et vie quotidienne
Les marchés du mardi et du vendredi sur le quai principal valent qu’on se lève tôt : du poisson étalé sur des tables pliantes alors que la prise est encore ferme, du taro dans des variétés que je ne savais pas identifier, des crabes de cocotier quand quelqu’un les a rapportés des îles périphériques. La fonction sociale du marché dépasse sa fonction commerciale. L’information y circule : qui arrive sur le prochain navire, quelle île périphérique a eu une bonne récolte de fruit à pain, quel temps il a fait dans le nord.
J’ai acheté de la papaye à une femme qui m’a raconté que sa fille étudiait pour devenir infirmière aux Fidji et reviendrait dans deux ans. Elle l’a dit sans fierté ni tristesse, avec le calme paisible de quelqu’un qui a fait ses comptes et les a jugés acceptables.
Quand y aller : Fongafale est accessible toute l’année via les vols de Fiji Airways au départ de Nadi. La saison sèche, de mai à octobre, offre moins d’humidité et un risque cyclonique plus faible, et c’est la période où les navires de ravitaillement des îles périphériques suivent leur plus proche approximation d’un horaire.