Une route de terre blanche serpentant à travers les collines lisses vert pâle du Val d'Orcia, une rangée de cyprès suivant la crête vers une ferme de pierre
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Val d'Orcia

"Le Val d'Orcia n'a pas l'air réel tant qu'on ne l'a pas fixé pendant vingt minutes, et alors il paraît plus réel que partout ailleurs."

Le paysage devenu une idée

Le Val d’Orcia — la vallée de l’Orcia, entre Sienne et le Monte Amiata — est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO parce que le paysage a été consciemment façonné à la Renaissance par des propriétaires terriens siennois qui avaient compris que beauté et productivité agricole n’étaient pas incompatibles. Le résultat : une vallée de collines d’argile lisses (les crete senesi) striées de blé au printemps, de chaume doré l’été, et de terre ocre nue à l’automne, ponctuée de fermes sur les lignes de crête et de cyprès disposés avec une précision qui paraît accidentelle mais ne l’est pas.

Les photographies que vous avez vues de ce paysage — la route blanche sinueuse, la ferme isolée, la lumière d’orage dramatique — sont exactes. C’est à cela qu’il ressemble. Ce qui est étrange, c’est d’arriver et de découvrir que c’est réel.

Je suis venu début mai, quand le blé était vert et que les coquelicots débordaient le long des champs, et j’ai roulé très lentement sur les chemins de gravier qui courent entre les routes provinciales, m’arrêtant tous les quelques kilomètres lorsque la géométrie de la vue changeait d’une façon avec laquelle j’avais envie de rester. Il n’y avait pas de programme particulier. C’était bien là le but.

Le problème de la lumière

Le Val d’Orcia est un paysage qui récompense la patience par la lumière. Les collines lisses, dénuées d’arbres sauf là où on en a placé délibérément, captent et modèlent la lumière directionnelle avec une sensibilité inhabituelle — à midi c’est plaisant et plat ; à l’aube et au crépuscule c’est extraordinaire, les ombres s’allongeant sur les contours, les collines se superposant en arrière dans des tons progressivement plus clairs vers l’horizon.

J’ai réglé un réveil pour 5 h 45 un matin et roulé jusqu’à un point de vue au-dessus de Monticchiello que quelqu’un m’avait recommandé. La brume était dans les vallées basses, les crêtes en pleine lumière naissante, et la couleur des crete senesi à cette heure — un caramel pâle pour lequel on n’a pas de nom tant qu’on ne l’a pas vu — était la teinte précise qui apparaît dans les peintures siennoises du quatorzième siècle. Les peintres peignaient ceci. Exactement ceci.

Les villages du Val

San Quirico d’Orcia possède une collégiale romane au portail sculpté qui a demandé un certain temps au tailleur de pierre, et un petit jardin privé — les Horti Leonini — aménagé au seizième siècle et toujours entretenu selon sa géométrie Renaissance. Je l’ai traversé un mardi après-midi et je me suis assis sur un banc dans le labyrinthe de buis plus longtemps que strictement nécessaire.

Castiglione d’Orcia se trouve plus haut, avec des vues au nord vers Sienne et au sud vers le Monte Amiata. Radicofani, à l’extrémité sud de la vallée, possède une forteresse en ruine sur un piton volcanique qui domine toute la vallée depuis une altitude qui en fit un point stratégiquement crucial pendant huit siècles. Les vues là-haut sont vertigineuses.

Entre ces villages, c’est la route qui compte. Les strade bianche — les chemins de gravier blanc non goudronnés — n’apparaissent pas de façon fiable sur les applications de navigation et n’ont pas besoin de le faire. Suivez-les dans la direction qui paraît intéressante.

Les eaux thermales de Bagno Vignoni

À l’extrémité nord du Val d’Orcia, Bagno Vignoni est une ville thermale médiévale dont la place centrale n’est pas du tout une place mais un grand bassin bordé de pierre alimenté par des sources chaudes à 48 degrés Celsius. Les Médicis et Catherine de Sienne y ont tous deux pris les eaux. On ne peut pas se baigner dans le bassin principal — il est protégé — mais l’eau thermale descend la pente vers des bassins publics et privés à quelques pas.

Le village autour du bassin est petit et tranquille, avec une poignée d’hôtels et de restaurants groupés au bord de l’eau. Arriver le soir, avec la vapeur qui monte du bassin dans l’air qui se refroidit et la vallée qui sombre dans le noir sous la terrasse, est un plaisir d’un genre particulier que j’ai du mal à classer mais que je ne troquerais pour rien.

Quand y aller : d’avril à juin pour le blé vert et les fleurs sauvages — c’est la haute saison photographique, le paysage à son plus vif. Septembre et octobre pour la lumière des vendanges et la terre nue une fois les récoltes rentrées. Le Val d’Orcia hivernal, dépouillé et austère sous une lumière grise et plate, n’est pas du goût de tous mais d’une beauté véritable dans sa rigueur.