Le mince minaret de Kutlug-Timur s'élançant de la steppe plate turkmène sur un ciel bleu pâle
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Konye-Urgench

"Le minaret est si haut qu'il semble pencher, alors qu'il ne penche pas : c'est toi qui penches."

L’autre grande cité de la route de la Soie

La plupart des itinéraires en Asie centrale s’obsèdent sur Samarcande et Boukhara, et à juste titre — mais Konye-Urgench (l’antique Gourgandj) fut leur égale pendant des siècles, capitale de l’Empire khwarezmien à une époque où celui-ci s’étendait de la Caspienne à l’Indus. Les Mongols la détruisirent si méthodiquement en 1221-1222 que la ville ne fut jamais reconstruite à la même échelle. Ce que le désert a préservé à la place, c’est une collection dispersée de mausolées, un minaret, un portail et un caravansérail — chacun étant une pièce d’architecture si raffinée qu’elle vous cloue sur place.

Le site est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et se trouve près de la ville de Köneürgench, à l’extrême nord du Turkménistan, tout près de la frontière ouzbèke. S’y rendre depuis Achgabat exige de la détermination — un vol intérieur ou une journée entière de route à travers le Karakoum. Cette distance fait office de filtre : les foules que l’on trouve devant les monuments de Boukhara ne se matérialisent tout simplement pas ici.

Le minaret de Kutlug-Timur

Le minaret est la première chose que l’on voit, s’élevant à 60 mètres de la steppe plate dans une silhouette qui s’effile légèrement vers le sommet, sa surface couverte d’un motif de briques qui change de registre tous les quelques mètres — chevrons, puis treillis diagonal, puis quelque chose qui ressemble presque à de la vannerie. Il fut construit au XIe ou au début du XIIe siècle et reste le plus haut minaret d’Asie centrale. Posté directement à son pied, la perspective est suffisamment vertigineuse pour que je fasse involontairement un pas en arrière. Lia s’est moquée de moi pour ça.

La brique a une teinte miel chaleureuse dans la lumière du matin, presque orange à midi, et l’ombre qu’elle projette sur l’herbe alentour est parfaitement rectiligne, un cadran solaire à l’échelle de l’architecture.

Les mausolées

Plusieurs mausolées médiévaux ont survécu dans des états variables, le plus beau étant le complexe de Turabeg Khanum — un édifice du XIVe siècle dont la coupole intérieure est ornée d’une mosaïque de carreaux géométriques d’une complexité telle qu’il m’a fallu plusieurs minutes pour comprendre ce que je regardais. Le motif est un calendrier : 365 éléments géométriques représentant les jours de l’année, disposés en registres concentriques. Les mathématiques inscrites dans l’ornementation architecturale islamique médiévale me sidèrent invariablement, et voici l’un de ses plus beaux exemples.

Le mausolée de Tekech, tout proche, est plus ancien et plus austère — un portail en berceau de brique cuite, partiellement effondré, l’ornement presque entièrement effacé. Ce qui subsiste, c’est la logique des proportions de la structure, encore instructive.

La ville et la frontière

La ville de Köneürgench est petite et sans détour, une trame d’immeubles de l’ère soviétique avec quelques maisons de thé et un marché. Le poste-frontière ouzbek de Shavat est tout proche, et certains voyageurs combinent Konye-Urgench avec un passage côté ouzbek — Khiva n’est qu’à un trajet relativement court de la frontière. La situation des visas au Turkménistan rend la logistique complexe, mais la combinaison vaut la peine d’être planifiée.

La steppe turkmène septentrionale possède une qualité de lumière comme nulle part ailleurs où je suis allé — plate, minérale, diffusée à travers une brume qui adoucit les distances sans les masquer. Les monuments s’en élèvent comme des objets soigneusement disposés par un commissaire d’exposition qui aurait compris exactement comment l’arrière-plan les mettrait en valeur.

Quand y aller : d’avril à début juin, ou de septembre à octobre. Le Nord est marginalement plus frais que le Karakoum en été, mais reste éprouvant. Le printemps est la meilleure saison : la steppe verdoie brièvement, la lumière est chaude sans être dure, et les monuments de briques crues montrent leur couleur à son plus vif.