Le cône enneigé à double cime du mont Ararat s'élevant seul au-dessus de plaines dorées et d'un petit village de l'extrême est de la Turquie sous un ciel bleu dégagé.
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Mont Ararat

"On n'arrive pas tant à l'Ararat qu'on s'aperçoit qu'il vous observe depuis cent kilomètres."

L’extrême est de la Turquie est très loin de tout endroit où un touriste se rend d’ordinaire, et c’est précisément pour cela que l’Ararat figurait sur ma liste depuis des années. Nous avons atterri à Iğdır puis roulé, et la montagne s’est annoncée absurdement tôt : un unique cône blanc énorme flottant au-dessus de plaines brunes et plates, si démesuré par rapport à tout ce qui l’entoure que ma première pensée fut qu’il ne pouvait être réel. Il l’est, il fait 5 137 mètres, et il ne devient pas moins saisissant à mesure qu’on s’en approche.

La Montagne et Son Mythe

L’Ararat est un stratovolcan endormi, enneigé toute l’année, et il se dresse presque entièrement seul, ce qui explique qu’il domine si totalement. À ses côtés se tient le Petit Ararat, un cône plus petit presque parfait, et les deux ensemble forment une silhouette que vous reconnaîtrez de cent tableaux arméniens et bouteilles de brandy, car pour les Arméniens, de l’autre côté de la frontière fermée, c’est le symbole national qu’ils peuvent voir mais ne peuvent plus atteindre.

Et puis il y a Noé. Le Livre de la Genèse échoue l’Arche sur les « montagnes d’Ararat », et depuis, les gens viennent ici convaincus qu’ils la trouveront. J’ai rencontré l’un de ces hommes dans une maison d’hôtes de Doğubayazıt, un Américain muni de cartes topographiques et d’une certitude farouche, et je n’ai pas eu le cœur de le contredire. La montagne absorbe ce genre de désir sans commentaire. Quoi que vous croyiez, il y a quelque chose, dans un sommet aussi isolé et aussi chargé de récit, qui vous fait taire.

Les cônes jumeaux du Grand et du Petit Ararat vus à travers une large plaine au coucher du soleil, la neige du sommet virant à l'or tandis que les pentes basses tombent dans l'ombre bleue.

Ishak Pasha et la Meilleure Place de la Maison

Nous ne l’avons pas gravi. Atteindre le sommet de l’Ararat exige un permis, un guide et un niveau de forme physique et de tolérance au froid que je ne prétendais pas avoir. Ce que nous avons fait à la place fut de monter au Palais d’Ishak Pasha, une extraordinaire forteresse-palais ottomane-kurde-persane du XVIIIe siècle perchée sur un éperon au-dessus de Doğubayazıt, et d’utiliser sa terrasse comme belvédère. Le palais lui-même vaut le déplacement : pierre couleur de miel, un portail sculpté, des coupoles, un harem et une mosquée, le tout accroché au rocher.

De là, toute la vallée s’ouvre vers la montagne, et nous nous sommes assis contre un mur chaud en fin d’après-midi avec un thé acheté à un homme muni d’un samovar et d’une table pliante, et nous avons regardé la lumière se déplacer sur l’Ararat plus d’une heure durant. Lia, qui avait ronchonné à propos du long trajet, a concédé que cela en valait la peine. De sa part, dans l’est de la Turquie, c’est pratiquement un sonnet.

Les coupoles de pierre couleur de miel et le portail sculpté du Palais d'Ishak Pasha perché sur un éperon au-dessus de Doğubayazıt, avec le mont Ararat au loin.

Aspects Pratiques

C’est une région frontalière sensible ; vérifiez les recommandations en vigueur avant de partir, gardez votre passeport et prenez avec calme l’un ou l’autre poste de contrôle militaire. Doğubayazıt est la ville-base : fonctionnelle plutôt que charmante, avec assez de maisons d’hôtes et de kebabs pour vous nourrir.

Quand y aller : de fin juin à septembre pour le temps le plus clair et la seule fenêtre d’ascension réaliste. Le printemps apporte des plaines vertes mais des conditions instables ; l’hiver est rude et les hauts cols ferment. Pour les vues seules, une journée claire de juillet ou d’août est imbattable.