Sousse
"Le ribat semble avoir été bâti pour durer encore mille ans. Étant donné qu'il a déjà tenu douze cents ans, je ne vois aucune raison d'en douter."
Sousse réussit un numéro d’équilibriste que peu de villes tunisiennes parviennent à exécuter de façon convaincante : elle est à la fois une station balnéaire prisée et une médina réellement ancienne, fortifiée, avec une inscription à l’UNESCO pour le prouver. La zone hôtelière balnéaire court le long de la côte nord, construite ex nihilo et refermée sur elle-même. La médina occupe un promontoire au sud, dense, fonctionnelle, et vivant entièrement à son propre rythme. J’ai logé dans la médina et je marchais jusqu’à la plage quand l’envie me prenait. La distinction entre les deux me semblait importante.
Le ribat
Le ribat est l’endroit où je suis allé en premier, et il a fixé une norme à laquelle le reste de la journée n’a cessé de se mesurer. Un ribat était un monastère fortifié — à la fois garnison militaire et lieu de retraite religieuse — et celui de Sousse date de 787, ce qui en fait l’un des plus anciens au monde. Les murs sont massifs, la cour intérieure petite et ombragée par les tours. J’ai grimpé la tour de guet ronde, à l’angle, et j’ai regardé au-dessus des toits de la médina, puis vers le sud jusqu’au port, puis vers l’est jusqu’à la Méditerranée, particulièrement bleue le matin de ma visite, ce bleu profond et saturé qui apparaît dans l’hiver de l’hémisphère nord quand aucune brume ne vient le diluer.
Le ribat n’est pas une ruine. C’est un bâtiment debout qui pourrait théoriquement encore remplir la fonction pour laquelle il a été construit. Cette solidité — la pure endurance de la maçonnerie — l’a rendu plus émouvant que des ruines bien plus célèbres que j’ai visitées.
À l’intérieur des murs de la médina
La médina de Sousse est assez compacte pour être parcourue en une demi-journée et assez dense pour en récompenser une entière. La Grande Mosquée, comme celle de Kairouan, a été bâtie par les Aghlabides et porte la même autorité massive, même si elle est fermée aux visiteurs non musulmans. Ce qui l’entoure est entièrement accessible : des ruelles de dinandiers martelant plateaux et théières, des boutiques de tapis tendues de pièces dans toutes les géométries possibles, de petits restaurants où le menu est écrit à la craie et où l’on mange ce qui a été préparé le matin même.
J’ai trouvé un endroit pour déjeuner près du souk central qui servait du lablabi — une soupe épaisse de pois chiches avec un œuf cru remué à table, de la harissa, du cumin et du pain déchiré — pour l’équivalent d’un euro et demi. C’est la meilleure chose que j’aie mangée à Sousse. Le restaurant comptait quatre tables. Trois étaient occupées par des ouvriers du bâtiment en habits poussiéreux qui mangeaient avec l’efficacité concentrée de gens qui ont prévu trente minutes pour déjeuner et qui honorent cet engagement.
Les catacombes et le musée
Sous la ville, plus de deux cents kilomètres de catacombes paléochrétiennes ont été creusés dans le grès tendre à l’époque romaine. On peut en visiter une portion, en parcourant les corridors aux plafonds bas devant les niches taillées où furent inhumés, selon les estimations, quinze mille corps. L’air, sous terre, est frais et immobile et ne sent rien de particulier, ce qui, après la chaleur des rues de la médina, est une forme de cadeau en soi.
Le musée archéologique, dans la Kasbah, conserve des mosaïques provenant des villas romaines de la région. C’est du beau travail — scènes de chasse, récits mythologiques, têtes en portrait — et le musée est suffisamment calme pour que l’on puisse se tenir devant elles sans être dérangé et réfléchir à ce que cela signifie qu’un sol foulé par quelqu’un au IIe siècle soit encore là, parfaitement lisible.
La route côtière vers le nord
La route au nord de Sousse suit la côte à travers la bande des stations balnéaires jusqu’à Port El Kantaoui, un complexe portuaire entièrement conçu, bâti dans les années 1980, qui a l’irréalité enjouée d’un décor de cinéma. Je l’ai traversé une fois par curiosité. C’était impeccable et étrangement apaisant, comme le sont parfois les environnements extrêmement artificiels. Puis j’ai fait demi-tour et je suis revenu à la médina, où tout était légèrement chaotique et entièrement réel.
Quand y aller : d’avril à juin et de septembre à octobre. L’infrastructure balnéaire fait que Sousse est vraiment agréable en été, mais la médina devient très bondée en juillet et août avec les touristes en formule tout compris. Le printemps et le début de l’automne trouvent le bon équilibre — assez chaud pour se baigner, assez calme pour que la vieille ville redevienne elle-même.