Un chameau solitaire se découpant contre une immense dune de sable ambré au coucher du soleil près de Douz, une étroite bande de ciel d'un bleu profond subsistant au-dessus de la crête de la dune
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Douz

"Je me suis tenu au bord de l'erg et j'ai compris, pour la première fois, pourquoi les gens ont toujours été attirés par les choses qui pourraient les tuer."

Je suis arrivé à Douz à onze heures du matin, un jour de fin novembre où la température dépassait déjà les trente degrés. La ville était posée au bord de ce que les Tunisiens appellent le Grand Erg oriental — l’une des plus vastes mers de sable du Sahara — et je pouvais sentir sa présence avant même de l’atteindre, un changement dans la qualité de l’air, une sécheresse différente de la simple chaleur.

Douz se présente comme la Porte du Sahara. Elle n’a pas tort.

La ville elle-même

Douz est une véritable oasis, et non un décor touristique fabriqué. Le marché central se tient chaque jeudi et attire les commerçants des villages environnants et des communautés semi-nomades dans un rassemblement informel et animé qui déborde à travers plusieurs rues. J’y suis allé un jeudi sans l’avoir prévu et je me suis retrouvé à naviguer entre vendeurs de chèvres, marchands d’épices et une section textile où des femmes berbères échangeaient des étoffes de couleurs si vives qu’elles semblaient vibrer contre le fond beige.

Le marché couvert vend des dattes dans des variétés dont j’ignorais l’existence — la Deglet Nour est la plus célèbre, semi-translucide et ambrée comme du vieux verre, mais il y avait des variétés plus terreuses, plus sombres, vendues en vrac dans des sacs de toile de jute, qui n’avaient rien à voir avec celles qu’on trouve dans les supermarchés européens. J’en ai mangé trop et je n’en ai éprouvé aucune culpabilité.

Dans l’erg

Les dunes qui commencent à l’extrémité sud de Douz ne sont pas les modestes ondulations qu’on voit parfois sur des photos qui promettent du spectaculaire et ne livrent que des monticules de sable. Elles sont massives — la première crête s’élève à quatre-vingts mètres au-dessus du sol plat du désert, et derrière elle, d’autres crêtes s’étendent vers le sud jusqu’à se dissoudre dans la brume. La couleur change sans cesse. À midi, le sable est presque blanc. Dans l’heure précédant le coucher du soleil, il vire d’abord à l’or, puis à l’ambre, puis à un cuivre profond qui donne l’impression que tout l’erg est éclairé par en dessous.

J’y suis sorti deux fois : une fois sur un dromadaire de location juste avant le coucher du soleil (l’animal avançait d’une allure cahotante et arythmique qui rendait toute photographie impossible et l’expérience purement physique), et une fois à pied au lever du soleil, avant que la chaleur ne fasse de la marche sur la pente un effort. La seconde sortie était meilleure. J’ai gravi la première crête dans la lumière naissante et je me suis assis au sommet tandis que le ciel passait du violet à l’orange et que la ligne d’ombre de la dune descendait le long du versant opposé en temps réel. Je n’ai pas de bonne façon de décrire le fait de regarder une ombre se déplacer sur une face de sable de cent mètres à mesure que le soleil se lève. C’est le genre de chose qui agit sur votre sens interne de l’échelle.

La culture nomade et ce qu’il en reste

La région autour de Douz abrite depuis des siècles la tribu des Marazig, un peuple semi-nomade à la longue histoire de commerce transsaharien. Le Musée du Sahara, juste à côté de la place principale, est plus petit que son nom ne le laisse croire mais couvre cette histoire avec un soin véritable — outils, textiles, routes du commerce du sel, domestication du dromadaire présentés dans de modestes vitrines qui récompensent l’attention. Un guide qui parlait un français correct m’a expliqué quelles pièces avaient été données par des familles locales. Cette proximité lui donnait moins l’allure d’un musée que d’un acte collectif de mémoire.

La logistique depuis le nord

Douz se trouve à environ quatre cents kilomètres au sud de Tunis, reliée par une unique route principale passant par Kairouan et Gabès. Le trajet en louage (taxi collectif) prend six à sept heures avec les correspondances. La récompense, lorsqu’on y parvient, est un ciel nocturne sans rival — pas une seule source de pollution lumineuse dans la moindre direction au sud, juste la Voie lactée donnant toute sa pleine représentation au-dessus de l’erg.

Quand y aller : D’octobre à mars, c’est la seule fenêtre raisonnable. Novembre est idéal — assez chaud pour profiter confortablement du désert en journée, frais la nuit d’une manière qui fait du sommeil une récompense. À partir d’avril il fait véritablement chaud ; les températures estivales dans l’erg dépassent régulièrement les cinquante degrés.