Chott el-Djerid
"Il y a une ville de l'autre côté de ce lac qui n'est visible que sous la forme d'un reflet à l'envers, flottant au-dessus de l'horizon. Elle existe peut-être, ou peut-être pas."
Je veux être précis au sujet des mirages, car ce sont eux que je suis venu chercher ici et eux qui occupent encore une place inconfortable dans ma mémoire.
La route qui traverse le Chott el-Djerid court comme une chaussée à travers le lac salé sur une trentaine de kilomètres. De part et d’autre, le chott s’étend jusqu’à l’horizon — plat, blanc, cristallin sur les bords où les croûtes d’halite se sont accumulées en formations géométriques, se dissolvant à mi-distance en une surface que la lumière traite comme de l’eau. Pas comme de l’eau. De l’eau. Mouvante, miroitante, reflétant le ciel.
J’étais dans un taxi collectif avec quatre autres personnes. Nous nous sommes tous tus en le traversant.
Ce qu’est un chott
Un chott est un lac endoréique peu profond — une étendue d’eau sans exutoire vers la mer — qui s’évapore presque entièrement en été, laissant derrière lui une croûte de sel, de gypse et de dépôts minéraux. En hiver, une eau stagnante peu profonde peut s’y accumuler, transformant certaines sections du lac en véritable étendue d’eau. Le reste de l’année, il est blanc, sec et extraordinairement réfléchissant.
Le Chott el-Djerid couvre environ cinq mille kilomètres carrés, ce qui en fait le plus grand lac salé d’Afrique au nord du Sahara. À la saison humide, il peut accueillir des flamants roses. À la saison sèche, il n’accueille rien de visible, ce qui constitue son propre type de spectacle.
La chaussée
La route à travers le chott n’était qu’une simple piste jusque dans les années 1980, lorsqu’une véritable chaussée pavée fut construite. Auparavant, la traversée était saisonnière et parfois mortelle — la croûte de sel dissimule en dessous un sédiment humide et mouvant, et les véhicules qui s’écartaient de la piste pouvaient s’enfoncer. La chaussée a banalisé la traversée. Elle l’a aussi rendue accessible à quiconque voulait s’arrêter au milieu et se tenir sur du sel minéral d’un blanc pur, à deux cents kilomètres carrés de tout.
Je me suis arrêté. J’ai marché sur le lac, à une centaine de mètres de la route, jusqu’à ce que le craquement de la croûte sous mes pas change de qualité et que je décide de ne pas aller plus loin. Le silence était total — pas de vent, pas de circulation, rien — et les mirages opéraient dans toutes les directions. La chaussée d’où j’étais venu avait une seconde copie d’elle-même flottant à l’envers au-dessus d’elle. Les montagnes au sud avaient un double inversé au-dessus de la ligne d’horizon.
J’ai pris des photos qui ne prouvaient rien. Les mirages ne s’enregistrent pas correctement sur l’appareil, ce qui les fait ressembler à un secret que l’endroit garde pour lui.
Les villes-oasis de chaque rive
Tozeur ancre l’extrémité ouest de la chaussée, Kebili l’extrémité est. Toutes deux sont des oasis de palmiers-dattiers qui existent grâce aux sources souterraines présentes ici depuis au moins deux mille ans, peut-être plus longtemps. Kebili est plus petite et moins visitée, ce qui en fait, contre toute attente, l’arrêt le plus intéressant — un marché hebdomadaire, une unique rue principale, un ribat visible depuis la gare routière. J’y ai pris un thé pendant vingt minutes en attendant une correspondance et je me suis senti comme le seul touriste du pays, ce qui était peut-être bien le cas.
Traverser au bon moment
Les mirages sont les plus puissants à midi par temps sec — de la fin de matinée au début d’après-midi, en novembre et décembre, lorsque l’air est froid et limpide. Les jours couverts ne produisent aucun mirage ; la pluie inonde le sel et le transforme temporairement en véritable lac. J’ai traversé deux fois lors du même voyage : une fois à midi (le plein effet de mirage, intense et déroutant) et une fois au crépuscule (pas de mirages, mais la lumière teintant la surface de sel blanc d’un rose doré que j’essaie de décrire avec exactitude depuis bientôt un an sans toujours y parvenir).
Quand y aller : De novembre à février pour les mirages les plus puissants et des températures supportables. Mars apporte des pluies occasionnelles qui peuvent rendre la chaussée temporairement impraticable. La traversée estivale est possible mais la chaleur renvoyée par la surface blanche réfléchissante est extrême — emportez de l’eau, des lunettes de soleil et un chapeau conçu pour des conditions auxquelles la plupart des chapeaux ne sont pas adaptés.