Réserve forestière de la Main Ridge
"Cette forêt est protégée depuis avant que les États-Unis existent. Laissez ça infuser."
L’ordonnance protégeant la Réserve forestière de la Main Ridge a été adoptée en 1776 par le gouvernement colonial britannique de Tobago, en faisant la plus ancienne législation protégeant une forêt tropicale n’importe où dans les Amériques. La justification avancée était pragmatique : les administrateurs coloniaux avaient remarqué que là où les forêts étaient défrichées, les précipitations diminuaient et les rivières devenaient imprévisibles. C’était une pensée écologique deux cents ans avant que le mot écologie existe. La forêt est là depuis avant tout ça, et elle demeure.
La réserve en contexte
La Main Ridge longe la colonne vertébrale centrale de Tobago, couvrant quelque 3 800 hectares du nord-est au sud-ouest de l’île. C’est de la forêt tropicale primaire — pas de végétation secondaire, pas de plantations revenues à l’état sauvage, mais une forêt continue qui n’a jamais été défrichée à des fins commerciales. Les arbres aux points les plus élevés de la crête comprennent des fromagers d’une circonférence extraordinaire, avec des contreforts s’étendant sur trois mètres à la base. Se promener dans les sections intérieures le matin, quand la brume est encore accrochée dans la canopée et que la lumière est verte et diffuse, est véritablement saisissant. Les sons de la forêt sont constants et complexes : le claquement métallique d’un cotinga barbu, la répétition liquide d’un ortalide à ventre roux, des insectes à des fréquences que je ne pouvais pas consciemment entendre mais que je ressentais.
Le sentier Gilpin
L’expérience forestière la plus accessible est la Gilpin Trace, un sentier qui descend la crête depuis la route principale dans la forêt primaire, traversant plusieurs zones de végétation distinctes. Il faut environ deux heures aller-retour à un rythme modéré. J’y suis allé avec un guide local — Marvin, qui organise des randonnées guidées depuis Roxborough — parce que sans lui je serais passé devant le nid du motmot, la tarentule à l’entrée de son terrier, l’orchidée nichée sous une fronde de fougère, et le paresseux à trois orteils se déplaçant à une lenteur bouleversante le long d’une branche de cécropie à six mètres au-dessus de nos têtes.
Le paresseux est celui auquel je repense. Il a parcouru environ trente centimètres durant les douze minutes où nous l’avons observé, s’arrêtant périodiquement pour nous regarder avec l’expression sereine de quelque chose qui a fait la paix philosophique avec ce qu’il est. Sa fourrure était si vert pâle à cause des algues qui y poussent qu’il se fondait presque dans les feuilles.
Chutes d’eau et rivières
Plusieurs rivières se déversent depuis la Main Ridge, et les sentiers vers la chute d’eau d’Argyle — la plus haute de Tobago, tombant sur environ cinquante-quatre mètres en plusieurs gradins à travers la forêt — commencent depuis le côté sud-est de la réserve. Le sentier est bien assez entretenu et prend une vingtaine de minutes à pied. En saison sèche, les chutes sont plus minces mais toujours impressionnantes ; en saison humide, elles forment une colonne rugissante visible à cent mètres. Les vasques à la base sont assez profondes pour nager et assez fraîches pour surprendre après la randonnée.
Les systèmes fluviaux à travers la réserve abritent également des poissons d’eau douce uniques à Tobago — plusieurs espèces de killifish et de guppies qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur terre, un fait que j’ai trouvé étonnamment intéressant quand Marvin me l’a expliqué.
Les oiseaux
La Main Ridge est là où se déroule l’ornithologie forestière sérieuse de Tobago. Le motmot de Trinidad, que Lia voulait absolument voir, a été trouvé dans les quarante minutes suivant notre entrée dans la forêt — un oiseau superbe, cobalt et roux, avec cette queue caractéristique en raquette qu’il balance comme un pendule quand il est aux aguets. Nous avons aussi trouvé un colibri queue-blanche à gorge scintillante (endémique à Tobago et au Venezuela voisin), un jacamar à queue rousse brillant cuivre-vert sur une branche, et une paire de toucans à bec cannelé qui travaillaient un arbre en fruits avec leurs becs extravagants.
La réserve compte plus de 200 espèces d’oiseaux recensées, et les ornithologues sérieux passent plusieurs jours à parcourir les différents systèmes de sentiers.
Quand y aller : La Main Ridge est accessible toute l’année, mais les sentiers sont nettement plus boueux en saison des pluies (juin–novembre). La saison sèche (janvier–mai) est la plus confortable pour la randonnée. L’observation des oiseaux est exceptionnelle toute l’année, mais l’activité de la saison de nidification culmine de février à mai. Partez tôt — l’activité des oiseaux forestiers chute radicalement après 9h.