Un motmot de Trinidad perché sur une branche mousseuse au bord de la véranda de l'Asa Wright Nature Centre, la forêt tropicale dense visible derrière
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Asa Wright Nature Centre

"La véranda d'Asa Wright est la preuve que ne rien faire peut être une activité sérieuse."

Je ne suis pas, à proprement parler, un ornithologue. Je ne possède pas de jumelles avec un système optique danois. Je ne peux pas réciter des noms d’espèces latins sans réfléchir. Pourtant, j’ai passé deux jours à l’Asa Wright Nature Centre dans la Northern Range et à la fin je me retrouvais penché par-dessus la rambarde de la véranda avec mon téléphone pressé contre l’oculaire d’une longue-vue empruntée, à essayer de cadrer proprement un toucan à bec cannelé qui prenait son temps avec un fruit de palmier, et j’ai compris parfaitement pourquoi des gens traversent le monde pour ça.

La véranda comme observatoire

La chose remarquable à Asa Wright, c’est qu’on n’a pas besoin d’aller nulle part. La véranda de la maison principale surplombe une série de mangeoires et un jardin d’une luxuriance invraisemblable, et ce qui vient à vous est extraordinaire. Mon premier matin, j’ai compté — sans bouger d’un fauteuil en osier avec un café — un organiste pourpré, deux colibris touffus mâles (ils ont les crêtes de plumes les plus absurdes, comme de minuscules punks), un motmot à couronne bleue, et une paire de manakins à barbe blanche en train d’effectuer leur parade nuptiale avec ses claquements caractéristiques. Le motmot est resté vingt minutes. Les colibris n’ont jamais cessé de bouger.

Les autres hôtes sur la véranda sont internationaux de la façon que seul le tourisme ornithologique semble produire : un couple de Hollandais retraités avec des optiques qui valent plus que ma voiture, un groupe d’Américains de l’Ohio en kakis assortis, un Français tranquille qui s’est avéré être professeur d’ornithologie à Toulouse. Nous n’avions presque rien en commun et avons passé trois heures très agréables ensemble.

Le sentier de la grotte Dunstan

Le centre propose des promenades guidées quotidiennes, et la meilleure de celles que j’ai faites descendait jusqu’à la grotte Dunstan, où des oiseaux huiliers nichent dans l’obscurité. Les oiseaux huiliers sont extraordinaires — nocturnes, frugivores, ils se repèrent dans le noir absolu par écholocation, comme les chauves-souris, en émettant une série déconcertante de clics et de cris. Quand le guide a éteint sa lampe à l’intérieur de la grotte, le son d’une centaine d’oiseaux au-dessus de nos têtes tenait à la fois du film d’horreur et d’un chœur de cathédrale. Je réalise que ça ne paraît pas très engageant, mais c’était réellement fascinant.

La forêt autour des sentiers de la grotte est humide de forêt nuageuse même en saison sèche — tout drapé de mousse, des fougères poussant de toutes les surfaces horizontales, l’air épais d’odeurs de feuilles en décomposition et de terre mouillée. La densité de la vie végétale ici se fait personnelle, comme si elle poussait spécifiquement vers vous.

Rester sur place

L’hébergement du lodge est d’un style colonial désuet : parquet qui grince, ventilateurs de plafond, fenêtres à jalousies laissant entrer les sons nocturnes de la forêt. Ces sons ne sont pas discrets. Les grenouilles arboricoles opèrent à un volume disproportionné à leur taille, et vers 3h du matin un kiskadee a commencé dans l’arbre devant ma fenêtre avec la confiance de quelqu’un qui n’a jamais été prié de se taire.

Le petit-déjeuner est communautaire et généreux — fruits tropicaux locaux, bake, œufs, café assez corsé pour justifier le réveil à 5h qu’exigent les ornithologues sérieux. Je me suis levé à 5h45. Tout le monde était déjà sur le sentier.

Les chiffres

Trinidad compte plus de 470 espèces d’oiseaux recensées, et Asa Wright est au cœur du terrain ornithologique le plus riche de l’île. Les guides connaissent chaque sentier, chaque arbre en fruits, chaque endroit fiable pour les espèces les plus recherchées. Le motmot de Trinidad. Le cotinga barbu. Le manakin à tête dorée. Même une simple balade matinale avec un bon guide produira vingt à trente espèces.

Quand y aller : La saison sèche (janvier–mai) est la haute saison ornithologique et la période où les sentiers sont les plus praticables. La saison de nidification (mars–juin) est celle où les comportements de parade sont les plus actifs. Le centre est ouvert toute l’année, et même la saison des pluies offre une activité ornithologique soutenue — les sentiers sont simplement plus boueux. Réservez bien à l’avance ; les chambres se remplissent vite pendant la haute saison de janvier à avril.