Hôtel pousada colonial portugais aux colonnades en arches dans la ville haute de Baucau, entouré de palmiers
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Baucau

"Baucau avance à la vitesse des ventilateurs de plafond de son vieil hôtel colonial."

La route vers l’est depuis Dili épouse la côte sur la majeure partie de son tracé, puis Baucau apparaît non pas depuis la mer mais d’en haut — on gravit une route sinueuse le long d’un escarpement calcaire et l’on débouche sur un plateau où l’air est nettement plus frais et la lumière plus ténue, plus européenne d’une certaine manière que tout ce qui se trouve sur la côte en contrebas. C’est la ville haute, et c’est le genre d’endroit qui met un instant à s’expliquer.

Le Portugal est parti en 1975. L’Indonésie est arrivée puis repartie. Un pays est né. À travers tout cela, la ville haute de Baucau a conservé sa forme d’une manière difficile à expliquer : une vaste place de marché avec un banian ancien en son centre, des bâtiments à arcades d’un ocre pâle, et la vieille pousada coloniale — une pension — toujours en activité avec ses sols carrelés, ses volets en bois et ses ventilateurs de plafond qui tournent si lentement qu’ils tiennent moins du rafraîchissement que du rituel.

Le vieux marché

Le Mercado Municipal est une structure couverte en béton datant de l’époque portugaise, et au petit matin c’est la pièce la plus intéressante de la deuxième ville du Timor oriental. Les femmes arrivent des villages alentour avec des légumes que je n’aurais su nommer, des lanières de poisson séché, du bétel enveloppé dans des feuilles. La lumière traverse les interstices du toit en tôle ondulée en colonnes. Tout sent la terre, le sel et quelque chose de fermenté que je n’ai jamais identifié.

J’ai acheté un sachet de grains de café à une femme qui m’a dit, par l’intermédiaire d’un jeune homme qui traduisait, qu’elle les avait cultivés sur les terres familiales dans les collines au-dessus de Baucau. Je les ai rapportés à Dili et fait torréfier dans un petit endroit près du marché. Ils étaient excellents. J’aurais aimé en acheter davantage.

La pousada

Même si vous n’y séjournez pas, entrez à l’Hotel Pousada de Baucau et commandez quelque chose de frais. Le bâtiment date des années 1930 et a été entretenu avec la fidélité d’un conservateur — ni rénové, ni modernisé, mais préservé. La salle à manger a des lambris carrelés, des poutres en bois et des nappes à motif géométrique que je n’arrivais pas à quitter des yeux. Le jardin au-delà de la colonnade est envahi d’une manière qui semble intentionnelle.

J’y suis resté deux nuits. Ma chambre donnait sur la falaise jusqu’à la mer, qui paraissait improbablement lointaine et bleue. La douche avait une vraie pression d’eau, ce qui fut la chose la plus surprenante.

La descente vers la ville basse

Une route abrupte dégringole du plateau vers la ville basse de Baucau et la côte, qui sont d’une tout autre nature — plus chaudes, plus bruyantes, plus récentes, avec un petit port et une plage où les pêcheurs réparent leurs filets à l’ombre de l’après-midi. La descente vaut le coup pour la vue en se retournant : les falaises calcaires avec la ville haute juste visible à leur sommet, le genre de géographie qui explique pourquoi cet endroit a été choisi.

La plage ici n’est pas faite pour la baignade — le courant est fort — mais elle est parfaite pour s’asseoir et regarder la lumière glisser sur l’eau en fin d’après-midi.

Grottes et stalactites des environs

Le plateau calcaire signifie des grottes, et les grottes autour de Baucau signifient des peintures. Ili Kere Kere, à courte distance dans les terres, abrite un art rupestre préhistorique daté de plusieurs millénaires avant l’histoire écrite dans la région. Il faut un guide et un peu de bonne volonté pour escalader, mais l’instant où votre frontale accroche une empreinte de main pochée sur une paroi par quelqu’un il y a quatre mille ans justifie à lui seul l’effort.

Quand y aller : de mai à octobre, c’est idéal — l’altitude du plateau rend ces mois réellement frais, exigeant parfois une veste la nuit. Évitez février et mars, lorsque les routes entre Dili et Baucau peuvent être inondées et rendre la route côtière dangereuse.