Lac Namtso
"Le lac avait la mauvaise couleur pour de l'eau. Trop bleu, trop calme, trop manifestement impossible."
Le Namtso ne devrait pas exister. C’est le sentiment que l’on éprouve en se tenant à son bord pour la première fois — un lac d’un turquoise si violent qu’on dirait que quelqu’un l’a renversé là par accident. Il s’étend sur 70 kilomètres d’ouest en est, ceint au nord par les pics du Nyenchen Tanglha, dont les névés se reflètent en blanc dans l’eau. Le ciel à cette altitude est d’un bleu plus profond que partout où je suis allé. Quand le lac et le ciel occupent le même cadre, on commence à douter de sa perception des couleurs.
Le trajet depuis Lhassa prend environ quatre heures, franchissant le col du Lachen La à 5 190 mètres, où les drapeaux de prière tendus entre les poteaux claquent et crépitent dans le vent constant. J’ai senti l’avertissement du mal des montagnes — une basse pression derrière les yeux, un léger décalage par rapport à mon propre corps — et j’ai mangé des biscuits secs, bu de l’eau et attendu que ça passe.
L’arrivée sur la rive
La route descend vers la rive sud-est du lac à travers une prairie où des bergers nomades font paître leurs yaks. Les bêtes sont énormes et patientes, se déplaçant dans l’herbe pâle avec leurs pattes hirsutes et leurs cornes recourbées, s’arrêtant parfois pour vous observer de leurs grands yeux indifférents. La rive elle-même est sablonneuse et froide. L’eau est trop salée et trop froide pour la baignade — ce n’est pas que la température y invite — et la clarté en est surréelle. En regardant depuis le bord, on distingue les détails du fond à une profondeur qui n’a aucun sens intuitif pour une étendue d’eau de cette taille.
Je me suis accroupi à la limite de l’eau et y ai trempé les doigts. C’était d’un froid saisissant, avec un goût de sel et de minéral, comme un océan dilué pressé à travers la pierre.
La péninsule de Tashi
Une péninsule rocheuse s’avance dans l’angle sud-est du lac et abrite plusieurs ermitages troglodytes où des moines se sont retirés pour méditer, parfois pendant des années. Une poignée de petits temples et d’auberges se regroupent à la base de la péninsule. Le tour du promontoire prend une heure et exige une respiration prudente — l’altitude à la surface du lac est déjà de près de 4 800 mètres et l’effort y est une négociation plutôt qu’un acquis. Je m’arrêtais fréquemment, non par paresse mais parce que m’arrêter me donnait un prétexte pour regarder l’eau, qui méritait tous les regards qu’elle recevait.
À la pointe de la péninsule, un moine accrochait des écharpes khata blanches sur un poteau de sanctuaire. Il m’ignora entièrement et j’en fus heureux.
Une nuit sous tente
La plupart des excursionnistes venus de Lhassa repartent en fin d’après-midi. Lia et moi sommes restés dans l’une des auberges sommaires de la péninsule et avons regardé tous les autres s’en aller. Au soir, le lac était à nous et à une poignée d’autres voyageurs qui passaient la nuit. Le dîner fut des nouilles instantanées et du thé au beurre de yak, qui a exactement le goût de beurre tiède, salé et légèrement rance dissous dans l’eau — un goût qui s’acquiert et que je n’ai pas encore acquis. Le ciel de nuit était tout autre chose. Aucune pollution lumineuse, pas d’atmosphère à proprement parler, des étoiles si denses qu’elles paraissaient structurelles.
Notes pratiques
Le lac se trouve dans une zone protégée et l’entrée est payante. Les auberges de la péninsule sont sommaires mais fonctionnelles — apportez un drap de sac de couchage, les nuits sont froides même en été. Une acclimatation à l’altitude à Lhassa pendant au moins deux jours avant la visite est fortement recommandée ; j’ai croisé deux personnes qui ont dû rebrousser chemin au col à cause d’un mal aigu des montagnes.
Quand y aller : De juin à septembre, pour les températures les plus douces et les routes praticables. Juillet et août amènent un peu de pluie mais aussi des fleurs sauvages dans les prairies environnantes. Le lac est techniquement accessible toute l’année, mais les visites hivernales exigent une préparation sérieuse au grand froid et certaines routes peuvent fermer. Les mois d’intersaison de mai et octobre offrent moins de touristes et une lumière spectaculaire.