Memphis ne joue pas la comédie pour vous. C’est la première chose que j’ai remarquée. Nashville se sait être une destination ; Memphis semble légèrement surprise que vous soyez venu. L’aéroport est petit. Le centre-ville paraît à moitié en construction, à moitié à l’abandon, et authentiquement vivant — le tout en même temps. Le Mississippi s’étale, large et brun, en bordure de tout, indifférent, énorme.
Beale Street et ce à quoi ressemble vraiment le blues
La version touristique de Beale Street est réelle et elle est correcte — néons, boutiques de souvenirs, daiquiris dans des gobelets en plastique. Mais la substance musicale, elle aussi, est réelle. Le B.B. King’s Blues Club est l’arrêt évident ; moins évident, le Rum Boogie Café, où le house band joue du Delta blues original avec une décontraction qui laisse deviner qu’ils sont à ça depuis des décennies et qu’ils ne se soucient guère de savoir si vous l’appréciez ou non. J’ai trouvé ça rafraîchissant.
L’histoire de Beale Street comme corridor économique et culturel noir — pratiquement détruit par la rénovation urbaine des années 1960 puis reconstruit en quartier touristique — vaut la peine d’être comprise avant d’arriver. Le Memphis Music Hall of Fame raconte cette histoire sans broncher. J’y ai passé un après-midi et j’en suis ressorti avec le sentiment d’avoir compris quelque chose qui m’échappait.
Le Lorraine Motel et le National Civil Rights Museum
Je ne sais pas comment écrire là-dessus avec légèreté, alors je n’essaierai pas. Le National Civil Rights Museum occupe le Lorraine Motel où Martin Luther King Jr. a été assassiné le 4 avril 1968. Le bâtiment est conservé exactement tel qu’il était ce jour-là. La chambre 306 — celle où il logeait — est visible derrière une vitre.
Le musée n’utilise pas l’assassinat comme un point final. Il retrace tout l’arc du mouvement des droits civiques : de l’esclavage à la Reconstruction, en passant par les lois Jim Crow, les boycotts de bus, les sit-in et les Freedom Rides. Il faut trois heures si vous lisez tout. Lisez tout. Je suis ressorti dans le soleil de l’après-midi sur Mulberry Street sans rien d’utile à dire pendant une vingtaine de minutes.
Sun Studio et le son qui a tout changé
Sur Union Avenue, dans un bâtiment qui ressemble à un garage reconverti (c’était un garage reconverti), Elvis Presley a enregistré « That’s All Right » en juillet 1954. Tout comme Johnny Cash, Jerry Lee Lewis et Roy Orbison. La visite est menée par de vrais êtres humains qui aiment manifestement cette matière et vous diront, avec une fierté justifiée, que le micro d’origine utilisé par Elvis pend toujours du plafond.
Le studio enregistre encore. Il y a une cabine de session en fonction derrière la vitre de la régie. Tout cela coûte quatorze dollars. C’est l’une des pièces les plus authentiquement historiques dans lesquelles j’aie jamais mis les pieds.
La querelle du barbecue
Le barbecue de Memphis est une querelle de porc, plus précisément une querelle épaule effilochée contre travers, elle-même divisée entre wet (badigeonné de sauce) et dry (frotté aux épices, sans sauce). Le Rendezvous, dans une ruelle donnant sur Monroe Avenue, sert des travers dry-rubbed cuits sur feu de charbon dans une salle en sous-sol aux nappes à carreaux qui n’a pas changé de décor depuis l’administration Eisenhower. Les travers ont une croûte sur laquelle on pourrait frapper. L’odeur de fumée s’accroche à votre veste.
Central BBQ est la réponse plus récente et à plusieurs adresses — sandwichs au porc effiloché sur brioche, accompagnements solides, une file à midi qui avance plus vite qu’elle n’en a l’air. Je suis allé aux deux. Ce ne fut pas une épreuve.
Quand y aller : avril et mai sont idéaux — assez chaud pour marcher, assez frais pour réfléchir. Le festival Memphis in May dure tout le mois et comprend le World Championship Barbecue Cooking Contest, qui est exactement aussi bon que son nom le laisse entendre. Octobre est aussi excellent. Évitez août : l’humidité est structurelle, le genre qu’il faut fendre pour avancer.