Océanie
Tasmania
"La Tasmanie, c'est ce que ça donne quand une nature sauvage décide qu'elle n'a plus rien à prouver."
Je suis arrivé à Hobart un soir de mars, il faisait froid, et la première chose que j’ai remarquée, c’est le silence. Pas le silence travaillé d’un lodge de montagne — un silence réel, structurel, celui qui signifie qu’il y a moins de 600 000 personnes sur une île grande comme l’Irlande. La deuxième chose que j’ai remarquée, c’est la lumière : basse, tasmanienne, avec une qualité que je ne peux qualifier que d’honnête. Elle ne flatte pas. Elle révèle.
La Tasmanie mérite son statut de territoire sauvage, et elle le mérite vraiment. Cradle Mountain se dresse à l’extrémité nord d’un parc national de plus d’un millier de kilomètres carrés qui reste en grande partie inaccessible sans un effort considérable, et c’est précisément là que réside l’intérêt. Les palmiers pandani — ces géants à l’aspect préhistorique endémiques de Tasmanie — longent le sentier autour du lac Dove et donnent à tout le circuit l’atmosphère d’une balade dans un paysage qui vous précède de plusieurs millions d’années. En roulant vers l’est en direction de la Baie des Feux, les blocs de dolérite saignent l’orange des lichens, et le turquoise de la mer de Tasman contre le sable blanc semble tropicalement improbable pour des eaux aussi froides. La péninsule de Freycinet enveloppe Wineglass Bay avec une élégance qui justifie chaque photo clichée qu’on en a prise. J’ai fait la mienne aussi.
Hobart est une vraie petite ville avec une gastronomie sérieuse. Le marché de Salamanca, le samedi matin, rassemble fromages tasmaniens, poissons fumés et truffes de culture — parce que oui, la Tasmanie cultive des truffes maintenant, dans un sol volcanique rouge qui leur convient apparemment très bien. MONA, le Musée d’Art Ancien et Nouveau, est niché dans un promontoire de grès surplombant la rivière Derwent et abrite certaines des œuvres d’art contemporain les plus dérangeantes que j’aie vues nulle part. David Walsh, son excentrique fondateur millionnaire issu des jeux d’argent, l’a construit comme un monument à la mortalité et au désir, et ça se ressent. On y arrive en ferry depuis le front de mer de Hobart, on descend sous terre et on émerge dans quelque chose qui n’a pas d’équivalent évident. Ce n’est pas un moment Bilbao. C’est plus étrange que ça.
Quand y aller : De novembre à avril. Les journées d’été sont longues et les parcs nationaux sont accessibles, même si Cradle Mountain peut voir tomber de la neige n’importe quel mois de l’année — emportez des couches quoi qu’il arrive. Ma préférence va à mars : les foules de décembre se sont dissipées, la lumière s’adoucit et les températures dans les hauts plateaux restent praticables pour les randonnées de plusieurs jours.
Ce que la plupart des guides ratent : Ils traitent la Tasmanie comme une parenthèse australienne plutôt que comme une destination à part entière qui mérite son propre rythme. Débarquer en avion depuis Sydney pour cinq jours, cocher Cradle Mountain et MONA, puis repartir, c’est comme visiter la Patagonie pour un week-end. L’île récompense la lenteur — des chemins de terre qui mènent quelque part d’inattendu, une conversation avec un pêcheur à Strahan, un ciel nocturne au-dessus du plateau central qui recalibrera votre sens des proportions. Prévoyez au minimum deux semaines. Trois, c’est mieux.