La promenade du front de mer du quartier français à l'aube, les bâtiments coloniaux jaunes et blancs bordant le boulevard de la Marine, un cycliste solitaire passant dans la lumière du matin
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Pondichéry

"J'ai commandé un café au lait au Tamil Nadu et personne n'a trouvé cela étrange."

Le quartier français et le canal

Pondichéry — officiellement Puducherry, mais tout le monde dit encore Pondi — est divisée par un canal qui marquait jadis la frontière entre le quartier colonial français à l’est et la ville tamoule à l’ouest. La division se lit encore dans le paysage urbain. Le quartier français a de larges boulevards bordés d’arbres, des maisons coloniales peintes dans des tons de jaune, de terre cuite et de blanc, des balcons en fer forgé, une promenade en front de mer avec des bancs face au golfe du Bengale, et la qualité légèrement irréelle d’un décor de cinéma. Le quartier tamoul n’a rien de tout cela — il est dense, chaotique, vivant à la manière dont les villes indiennes sont vivantes, temples, marchés, bruit et couleur.

Les deux moitiés sont intéressantes. Le quartier français est plus calme, plus beau et plus facile à photographier. Le quartier tamoul est celui où la plupart des gens vivent réellement et où la nourriture est meilleure et moins chère. J’ai passé les matins dans l’un et les après-midi dans l’autre, et j’ai trouvé le contraste — loin de désorienter — au cœur même de Pondichéry.

Aurobindo et Auroville

L’ashram Sri Aurobindo est présent à Pondichéry depuis 1926 et façonne considérablement la ville : le complexe de l’ashram s’étend sur plusieurs bâtiments du quartier français, il y a une salle à manger pour les hôtes servant des repas subventionnés, et l’ambiance contemplative qui se répand dans les rues alentour est palpable. Je ne suis pas, par tempérament, un adepte du tourisme spirituel, mais la librairie de l’ashram possède l’une des meilleures collections de textes de philosophie indienne que j’aie rencontrées, et j’y ai passé une heure utile.

Auroville se trouve à douze kilomètres au nord : une cité utopique fondée en 1968, abritant aujourd’hui environ 3 500 personnes de 60 pays, organisée autour d’une sphère de méditation géodésique étincelante appelée le Matrimandir. Le concept est idéaliste à la manière propre à la fin des années 1960 et la réalisation est vraiment intéressante — une cité qui se construit elle-même depuis cinquante-cinq ans, en grande partie à partir de matériaux recyclés, dans un paysage qu’elle a reboisé à partir d’une latérite stérile. Le Matrimandir lui-même est fermé aux visiteurs occasionnels mais visible depuis un point de vue désigné qui le cadre convenablement.

Le front de mer et la promenade

La Promenade le long du front de mer est l’épine dorsale sociale de Pondichéry. Au petit matin, elle appartient aux joggeurs, aux yogis et aux vieux messieurs qui font les lents exercices systématiques de gens qui pratiquent la même chose à la même heure depuis des décennies. À la tombée du soir, elle se remplit de familles, de marchands de glaces, de couples et de la sociabilité générale d’une ville qui sait utiliser son espace public.

La mer ici n’est pas baignable en la plupart des points — les vagues sont fortes et les courants puissants — mais la lumière sur l’eau au crépuscule est invariablement superbe. L’Alliance française et le consulat de France sont toujours là, toujours en activité, et les cafés près du quartier français servent de corrects croissants et espressos dans un contexte qui est le Tamil Nadu mais tendu vers une vieille distance coloniale.

Manger et la cuisine de Pondichéry

La scène gastronomique de Pondichéry dépasse ce qu’on attendrait d’une ville de cette taille. Une cuisine sud-indienne teintée de français apparaît dans une poignée d’endroits — pas de la fusion en un sens irritant, juste des cuisiniers tamouls qui ont appris quelque chose de la cuisine coloniale française et l’ont conservé. Les fruits de mer y sont excellents : frais, abondants, cuisinés avec coco et tamarin. Les plats de fleur de bananier, les currys de crevettes, le barracuda grillé — j’ai très bien mangé à Pondichéry pour très peu d’argent.

Quand y aller : d’octobre à février est la recommandation classique et elle tient. La mousson du nord-est peut apporter de fortes pluies en octobre-novembre — pas forcément un problème, mais le risque de cyclone est réel. De décembre à février, c’est sec, venteux, 25 à 28 °C, et le quartier français en particulier est à son plus agréable : chaud le jour, assez frais la nuit pour laisser une fenêtre ouverte.