La large avenue Roudaki bordée d'arbres à l'heure dorée, avec le drapeau national du Tadjikistan visible au loin
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Douchanbé

"La ville ressemblait au décor d'un film pour un pays qui n'a pas encore décidé ce qu'il veut être."

Je suis arrivé à Douchanbé un mardi après-midi, alors que la chaleur pesait sur l’avenue Roudaki comme une chose tangible — dense, précise, avec son odeur de diesel et de cette poussière vaguement sucrée qui se détache des platanes bordant chaque boulevard. La plupart des gens ne font que passer en route vers le Pamir. Je n’arrêtais pas de me dire que je repartirais dans deux jours. Je suis resté cinq.

L’avenue et ses fantômes

L’avenue Roudaki est d’une largeur presque absurde, comme conçue pour le genre de défilés militaires qui n’ont plus lieu ici. Le plan soviétique est évident — symétrie grandiose, fontaines qui coulent vraiment — mais les détails ont été rebrodés. Des statues d’Ismoil Somoni, le héros fondateur de l’État tadjik, apparaissent à intervalles réguliers. Des vers gravés du poète Roudaki, du Xe siècle, surgissent sur les bâtiments officiels, à côté de mosaïques de paysages de montagne qui paraissent un peu trop éclatantes, comme des cartes postales d’elles-mêmes.

Ce qui m’a plu, c’est l’écart entre l’architecture et la vie qui se déroule devant elle. Des vieillards jouaient aux échecs sur des tables pliantes à l’ombre des arbres. Des femmes en robes fleuries et foulards blancs vendaient des abricots secs sortis de sacs en plastique. La ville fonctionne à une échelle humaine que ses avenues laissent croire impossible.

Le bazar de Chorsu et le poids des abricots

Le marché central est l’endroit où Douchanbé cesse de jouer un rôle et devient honnête. J’y ai passé une matinée entière sans autre objectif que de manger lentement. Un étal au fond proposait une douzaine de variétés de fruits secs de la vallée du Zeravchan — des raisins jaunes au léger arrière-goût acidulé, des abricots couleur d’ambre qui avaient le goût d’une douceur concentrée pendant des mois. La femme qui le tenait m’a regardé tout goûter sans un mot, puis m’a fait payer presque rien.

Les étals de pain méritent aussi votre attention : des galettes de non rondes sorties des tandoors en argile, juste assez croustillantes pour qu’on entende le craquement quand on les rompt. J’en ai mangé deux avec un bol de soupe chorbo dans une maison de thé à l’autre bout du marché, et je me suis senti parfaitement comblé.

Le Musée national

La collection est inégale — certaines salles paraissent sous-éclairées et provisoires, comme si le travail de conservation n’avait pas tout à fait fini de trancher. Mais les objets sogdiens vous figent sur place. Des fresques retrouvées à Pendjikent, datant du VIIe siècle, montrent des scènes de chasse, des festins, des figures mythologiques dans des ocres et des rouges éclatants. Les peintres réagissaient à quelque chose de précis dans leur monde, et de tout près de la vitre, on sent l’écart entre eux et nous se réduire d’une manière troublante et fascinante.

Douchanbé devient une ville différente en mars, pendant Navrouz, le nouvel an persan. Les parcs se remplissent, le soumalak mijote dans d’énormes marmites communautaires, et la formalité contenue des boulevards se dissout temporairement. En dehors de cela, le printemps et le début de l’automne offrent les températures les plus praticables — les étés mordent fort, les hivers sont gris et froids.

Quand y aller : Fin mars pour les célébrations de Navrouz, ou de mai à juin et de septembre à octobre pour des températures agréables et un ciel dégagé. Évitez la canicule de juillet-août en ville ; si vous utilisez Douchanbé comme base pour le Pamir, calez votre arrivée sur votre voyage de continuation.