Ximending
"Ximending est le son des adolescents de Taipei en train de décider à quoi la ville va ressembler ensuite."
Le quartier piéton et jeune de Taipei, tout en néons, karaoké et streetwear, là où la ville cesse d'être polie.
Lia a repéré le théâtre en premier — un vieux cinéma avec une fresque peinte à la main encore visible au-dessus d’une enseigne plus récente et plus lumineuse — et a dit que ça ressemblait au Shibuya de Tokyo qu’on aurait laissé dehors sous la pluie pendant dix ans et qui aurait fait pousser quelque chose d’étrange dans les interstices. C’est à peu près ça. Ximending est le seul quartier commerçant entièrement piétonnisé de Taipei, six pâtés de maisons de ruelles étroites où la foule ne marche pas tant qu’elle ne coule.
Les rues qui ne ralentissent jamais
Nous sommes arrivés un samedi soir, ce que j’appellerais aujourd’hui une erreur si ce n’avait pas aussi été tout l’intérêt. Le carrefour principal devant la sortie 6 du MRT était un mur de gens : des adolescents en jean de seconde main, des musiciens de rue avec des amplis calés contre des parcmètres, une femme vendant du calamar grillé depuis un chariot coincé entre deux kiosques à coques de téléphone. Chaque surface portait un écran ou une affiche. Le bruit ne s’est pas calmé avant bien après minuit.

Nous nous sommes engouffrés dans une ruelle étroite au large de Hanzhong Street, en quête d’un peu d’ombre loin du bruit, et avons trouvé à la place une rangée de disquaires d’occasion, du genre avec des enseignes peintes à la main et des propriétaires qui, visiblement, se moquaient qu’on achète quoi que ce soit. J’ai trouvé un pressage d’un album de folk taïwanais des années soixante-dix pour l’équivalent de quatre euros. Le propriétaire m’en a passé trente secondes sur une platine qui paraissait plus vieille que nous deux réunis, a hoché la tête une fois, et est retourné à son journal.
La Maison Rouge et ce qui existait avant les foules
À l’écart de l’artère principale se dresse la Maison Rouge, un bâtiment de marché en brique octogonal datant de l’époque coloniale japonaise, qui a survécu à des incendies, des guerres, et au moins deux tentatives de démolition. Elle abrite aujourd’hui de petits studios de design et un marché créatif de week-end, et sur la place devant, des artistes de drag et des musiciens de rue se relaient sur un unique pied de micro. C’est l’un des rares endroits de Ximending qui récompense le fait de s’arrêter.

Nous avons dîné à un étal spécialisé dans le porc braisé sur riz, dont la file s’étirait au coin de la rue à toute heure, puis avons terminé la soirée dans un karaoké au quatrième étage d’un immeuble dont les trois premiers étaient entièrement consacrés à des salons de bubble tea. Lia a chanté quelque chose en français que la machine n’a pas reconnu. Le personnel a applaudi quand même.
Quand y aller : Ximending tourne à plein volume tous les soirs de la semaine, mais les soirées de week-end (vendredi et samedi) font sortir des artistes de rue et des marchés éphémères qu’on ne voit pas en semaine. D’octobre à avril, la chaleur reste gérable pour une soirée passée surtout dehors.