Champéry
"Les Dents du Midi ont sept sommets. Par temps clair, ils essaient tous d'attirer votre attention en même temps."
Les sept dents
Les Dents du Midi se dressent directement au-dessus de Champéry — sept sommets calcaires alignés en une rangée dentelée entre 3 000 et 3 257 mètres. Le nom signifie « Dents du Sud », et depuis la vallée en contrebas, la silhouette ressemble vraiment à ce qu’un cartographe dessinerait pour indiquer un danger. Victor Hugo les a peintes. Les frères Lumière les ont filmées en 1900 dans ce qui est peut-être l’un des tout premiers films de montagne jamais réalisés.
Je suis arrivé à Champéry en train depuis Monthey — le chemin de fer à voie étroite du Mont-Blanc Express, qui sonne plus romantique qu’il n’en a l’air mais vous dépose au centre du village à douze mètres d’une très bonne fromagerie. La rue principale est une voie unique de chalets en bois, pour la plupart en mélèze teinté de sombre, avec ce genre d’esthétique « jardinières de géraniums aux fenêtres » qui est soit charmante, soit accablante selon votre disposition. Je l’ai trouvée charmante.
En France sans s’en rendre compte
Les Portes du Soleil relient douze stations de part et d’autre de la frontière franco-suisse, totalisant 600 kilomètres de pistes balisées. Champéry en est le principal point d’entrée suisse. Depuis le téléphérique au-dessus du village, on peut skier — ou du moins tenter de skier — de la Suisse jusqu’en France en passant le Col de Cou et en descendant sur Châtel sans montrer de passeport ni changer de chaussures.
Le domaine est immense et un peu déroutant à parcourir lors d’une première visite. Ce que j’ai fait : louer du matériel à Champéry, prendre le téléphérique de la Croix de Culet, puis passer trois jours à explorer progressivement de plus en plus loin du camp de base, utilisant le plan des pistes moins comme un guide que comme une confirmation de l’endroit où j’avais atterri. Le versant français possède de meilleures infrastructures de remontées dans certaines zones. Le versant suisse propose une meilleure fondue dans les restaurants d’altitude. Il existe de pires critères pour choisir dans quelle direction skier.
Le Mur Suisse
Une légende locale : quelque part au-dessus d’Avoriaz, côté français, se trouve un champ de bosses appelé le Mur Suisse — une piste noire d’une raideur à peu près terrifiante qu’il faut descendre pour revenir en Suisse depuis certaines parties du domaine. Je l’ai skiée le troisième jour avec nettement plus d’adrénaline que de grâce. En bas, mes jambes tremblaient et un skieur français d’environ soixante-dix ans m’a regardé arriver et a dit quelque chose que je n’ai pas compris mais que j’ai choisi d’interpréter comme bienveillant.
Le Mur Suisse n’est pas réellement suisse au sens où il se trouverait en territoire suisse. Il tient son nom de la direction vers laquelle il est exposé. Cette information aurait été utile avant le troisième jour.
Champéry en soi
Le village est assez petit pour le parcourir d’un bout à l’autre en dix minutes mais compte plusieurs restaurants et hôtels d’une qualité supérieure à ce que sa taille laisserait supposer. L’Hôtel de Champéry est une institution du XIXe siècle aux boiseries d’époque. Le restaurant Le Farinet possède une terrasse avec vue sur les Dents du Midi et une raclette qui implique une véritable demi-meule de fromage valaisan et un couteau, et non une machine électrique de table. Je suis prêt à manger de la mauvaise raclette quand les circonstances l’exigent, mais la version de Champéry m’a fait réaliser que j’avais accepté des compromis.
Le village s’anime durant une courte fenêtre en hiver. En été, Champéry est une base de randonnée — les Dents du Midi offrent de sérieuses traversées de crêtes pour randonneurs expérimentés, et les sentiers inférieurs à travers le val d’Illiez sont plaisants et peu fréquentés. Les bains thermaux de Val-d’Illiez, à vingt minutes en bus, sont une option raisonnable pour une journée de repos.
Quand y aller : De mi-décembre à mars pour le ski aux Portes du Soleil — le domaine nécessite de la neige à plusieurs altitudes, donc janvier et février sont les plus fiables. Juillet et août pour la randonnée, en particulier les sentiers des Dents du Midi qui exigent des guides au-dessus d’environ 2 500 mètres. Septembre offre des vues dégagées et des sentiers déserts à basse altitude. Le train depuis Monthey circule toute l’année et le village est agréable hors saison si c’est le calme que vous recherchez.