Rubans verts d'aurore boréale reflétés sur la glace lisse du lac Torneträsk, bouleaux en silhouette devant la lumière
← Laponie suédoise

Abisko

"L'aurore n'est pas arrivée. Elle a explosé."

Le phénomène du ciel dégagé

Abisko se trouve au bord du lac Torneträsk — si vaste qu’il ressemble à un fjord, et qui devient en hiver une plaine blanche et plate s’étendant au-delà de l’horizon. Ce qui rend Abisko inhabituel parmi les destinations d’aurores, c’est la météo : les montagnes qui l’entourent créent un effet d’ombre pluviométrique qui garde le ciel local dégagé bien plus souvent que dans la région alentour. L’Institut suédois de physique spatiale a installé une station d’observation des aurores sur la montagne au-dessus du village précisément parce que les statistiques d’ici favorisent l’observation.

J’avais lu ça avant d’arriver et restais sceptique. Un ciel dégagé est une chose ; une aurore en est une autre. Mais ma deuxième nuit là-bas, l’indice KP a grimpé, et ce qui s’est passé au-dessus du Torneträsk n’avait rien d’un spectacle poli. La lumière bougeait. Des rideaux de vert à franges violettes se déplaçaient latéralement à travers le ciel plus vite que je ne m’y attendais ; « danser » est un mot trop doux — ça pulsait, ça se réorganisait. Je me tenais sur la glace du lac par moins dix-huit degrés et j’ai oublié d’avoir froid pendant vingt minutes.

Le chemin de fer de montagne et le Nuolja

Rejoindre Abisko est exceptionnellement agréable pour un endroit aussi reculé. La ligne d’Ofoten — construite à l’origine pour acheminer le minerai de fer de Kiruna jusqu’au port norvégien de Narvik — y passe, et le trajet en train vaut à lui seul le voyage : rivières gelées, forêt de bouleaux dénudée, l’apparition soudaine des fjords norvégiens au passage de la frontière. On arrive avec le sentiment d’avoir franchi le seuil vers un ailleurs véritablement différent.

Au-dessus du village, le télésiège du Nuolja fonctionne en hiver et vous dépose sur un plateau d’où vous pouvez redescendre à ski sur un terrain non balisé ou simplement rester là à regarder les systèmes météorologiques traverser le lac. En été, la même montagne est le point de départ de randonnées dans le parc national, où les bouleaux ne dépassent pas la taille de la ceinture, couchés à l’horizontale par le vent.

La Kungsleden commence ici

Abisko est le terminus nord de la Kungsleden — la Voie royale — l’itinéraire de grande randonnée le plus célèbre de Suède. Le sentier court sur 440 kilomètres vers le sud à travers la nature sauvage de montagne jusqu’à Hemavan. En été, c’est une véritable marche en pleine nature ; en hiver, la section nord devient un itinéraire de ski de randonnée pour ceux qui savent ce qu’ils font dans le grand froid.

J’ai parcouru la première section au sud d’Abisko, juste l’équivalent d’une journée, jusqu’à la cabane STF d’Abiskojaure. Le terrain était assez plat pour paraître maîtrisable et assez sauvage pour donner le sentiment de l’avoir mérité. La rivière Abiskojokka coulait le long du sentier, partiellement gelée, audible sous la glace. Un couple de lagopèdes, blancs et dodus dans leur plumage d’hiver, m’observait depuis une branche de bouleau sans bouger.

Manger et loger à la STF

L’Abisko Turiststation — le refuge de l’Association touristique suédoise — est le cœur social du village et le seul endroit où l’on peut de manière fiable manger, boire et faire sécher son matériel. Il y a un sauna, une salle de séchage et une cafétéria qui sert du ragoût d’élan et des crêpes à l’airelle. Le poêle à bois de la salle commune est la meilleure place de la maison. Lia et moi y avons dîné chaque soir, regardant les autres randonneurs rentrer du froid, le visage rouge et l’air satisfait.

Quand y aller : De novembre à mars pour les aurores boréales — février et mars offrent la meilleure combinaison d’obscurité et de froid plus supportable. Mars apporte aussi une bonne lumière pour la photographie. Pour la randonnée estivale et le soleil de minuit, de fin juin à juillet. Évitez octobre et novembre pour la randonnée ; les sentiers peuvent être verglacés et les refuges STF ferment.