Stone Town, Zanzibar
"Chaque porte de Stone Town est la thèse de quelqu'un d'autre sur l'empire."
Stone Town a une odeur. Elle arrive avant le port — un mélange compliqué de poisson en train de sécher, d’huile de girofle, de cardamome venant des étals d’épices, de sel du chenal, et de quelque chose d’autre que je n’ai jamais réussi à nommer, quelque chose de résineux et d’ancien qui semble émaner des bâtiments de pierre corallienne eux-mêmes. J’essaie de l’identifier depuis des années. Ma meilleure hypothèse, c’est que c’est l’expiration accumulée de chaque civilisation qui a jugé ce port digne qu’on se batte pour lui.
La Stone Town de Zanzibar est la vieille ville à l’extrémité ouest de l’île d’Unguja, et c’est véritablement l’un des endroits les plus déroutants où j’aie passé du temps. Les ruelles sont assez étroites pour que le linge tendu entre les étages supérieurs masque le ciel. Des rues qui semblent devoir mener quelque part rebouclent sur elles-mêmes. L’architecture est un argument physique entre les sensibilités arabe, perse, indienne, portugaise et coloniale britannique, toutes entassées dans le même rayon de cinq cents mètres et produisant on ne sait comment quelque chose qui ne ressemble à nulle part ailleurs.
Les portes
Tout le monde vous parle des portes, et les portes le méritent. On estime à plus de cinq cents le nombre de portes en bois sculpté historiquement remarquables à Stone Town, et le débat entre les bordures à motifs de chaîne d’influence indienne et les cadres à arc brisé de style arabe se rejoue dans presque chaque pâté de maisons. Les portes indiennes ont typiquement des bossages de laiton au centre — conçus à l’origine pour empêcher les éléphants de défoncer le bois, une précaution qui paraît un peu excessive pour une île, mais c’est ainsi. J’ai passé deux heures à photographier le seul tronçon entre le Vieux Fort et le marché de Darajani avant de devoir admettre que j’évitais de prendre une véritable décision concernant le déjeuner.
Les palais et l’histoire sombre
Le Vieux Fort, construit par les Arabes omanais en 1698 sur les fondations d’une église portugaise, est le genre de ruine en strates qui vous fait rester immobile un moment. Le musée du Palais voisin — autrefois résidence du sultan — abrite une collection de mobilier sculpté omanais et d’objets coloniaux britanniques qui font, ensemble, un curieux et merveilleux mélange. La vraie confrontation, cependant, c’est la cathédrale anglicane, bâtie en 1873 sur l’emplacement du marché aux esclaves de Zanzibar. L’autel se dresse là où se tenait le poteau de flagellation. Il y a une petite chambre souterraine où les esclaves étaient enfermés avant la vente aux enchères. Il y règne un silence, et ce silence fait exactement ce qu’il doit faire.
Les jardins de Forodhani au crépuscule
Chaque soir, les jardins du front de mer devant le Vieux Fort se transforment en le restaurant le plus démocratique de Zanzibar. Des grils à charbon apparaissent, et avec eux : la pizza zanzibarite (une affaire de crêpe épaisse fourrée, addictive d’une manière qui ne me fait pas du bien), le poulpe grillé, le jus de canne à sucre, l’Urojo — la soupe de coco et de tamarin qui est, on ne sait comment, la chose la plus sous-estimée de l’île. Lia et moi avons mangé ici trois soirs de suite. Le port se remplit de silhouettes de boutres tandis que le ciel vire au violet. Les lumières du terminal des ferries s’allument une à une. Ça ne coûte presque rien et c’est l’un des repas les plus satisfaisants qu’on puisse faire sur cette côte.
La ville de Mercury
Freddie Mercury est né à Stone Town en 1946, quand c’était encore Zanzibar City sous administration coloniale britannique. Il y a un petit musée dans la maison de Kenyatta Road où il est né, plus intéressant pour les photographies que pour les objets. Ce qui me frappe davantage, c’est le débat permanent entre son héritage local et le conservatisme zanzibarite — un homme de contradictions considérables revendique comme sienne cette ville compliquée. Cela semble juste, d’une certaine façon.
Quand y aller : De juin à octobre, c’est la meilleure fenêtre — mousson sèche du sud-est, bonne visibilité pour le snorkeling et humidité gérable. Évitez avril et mai (les grandes pluies). Le Festival international du film de Zanzibar, en juillet, emplit Stone Town de projections de rue et de musique et vaut la peine qu’on planifie autour si on le peut.