Maisons en bois colorées sur pilotis le long d'une colline enneigée à Longyearbyen, avec une montagne sombre s'élevant abruptement derrière elles sous un pâle ciel arctique
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Longyearbyen

"J'avais laissé ma parka sur la chaise. Le barman me l'a rendue sans un mot — ici, on ne sort pas sans elle."

Une ville qui ne devrait pas exister

Longyearbyen ne devrait pas être là. Elle existe à cause du charbon — l’industriel américain John Longyear y a lancé l’exploitation minière en 1906, et les Norvégiens l’ont maintenue bien après que l’économie ait cessé d’avoir le moindre sens. Il en reste une agglomération d’environ 2 500 habitants à 78 degrés de latitude nord, où le supermarché vend de la saucisse de renne à côté des céréales du petit-déjeuner et où l’université locale propose des diplômes de biologie arctique. L’absurdité fait partie du charme.

Je suis arrivé début mars, quand le soleil venait tout juste de revenir après quatre mois de nuit polaire. La lumière de ce premier lever de soleil était si horizontale qu’elle transformait chaque cristal de neige en prisme. Lia se tenait dehors devant le bâtiment des arrivées, plissant les yeux face à quelque chose qui ressemblait moins à de la lumière du soleil qu’à une explosion au ralenti au bout du monde. Nous sommes restés là plus longtemps qu’il n’était raisonnable. Le chauffeur de taxi a attendu sans se plaindre.

Charbon, poêles et la rue principale

La ville est assez compacte pour se parcourir à pied en une heure, même si en février on n’aura pas envie de s’attarder. L’ancienne infrastructure minière est partout — les pylônes du téléphérique aérien grimpent à flanc de montagne au-dessus de la ville, rouillés et beaux dans leur obsolescence. La Mine 7 fonctionne toujours, la dernière mine de charbon en activité du côté norvégien. En semaine, le matin, on peut voir les mineurs en combinaison orange remonter la route.

La rue principale, Longyearbyen sentrum, c’est là que tout se passe : le campus universitaire de l’UNIS, le musée du Svalbard (véritablement excellent — prévoyez deux heures), une poignée de restaurants qui font bien mieux que ce à quoi on s’attendrait pour un endroit aussi isolé. J’ai mangé un carpaccio de renne dans l’un d’eux en pensant aux rennes que j’avais vus brouter au bord de la piste ce matin-là, complètement indifférents à l’atterrissage du 737.

Nuit polaire et l’heure bleue

Si vous venez en hiver, c’est autant pour l’obscurité que pour les aurores boréales. La nuit polaire — quatre mois d’obscurité continue — se termine fin février, mais même après, la lumière se comporte étrangement. Il y a une longue heure bleue autour de midi, plus crépuscule que jour, où les montagnes virent au violet et où la neige absorbe complètement la couleur. Je suis sorti seul pendant cette heure-là et j’ai ressenti le silence singulier d’un paysage qui se moque profondément de savoir si vous êtes là ou non.

Les aurores boréales apparaissent les nuits claires avec une régularité presque mécanique d’octobre à février. Pas besoin de rouler loin — parfois on les voit depuis la rue principale, ondulant en vert au-dessus des pylônes du téléphérique.

S’orienter

Longyearbyen est la base pour tout le reste de l’archipel. Tous les bateaux, les excursions en motoneige et les vols charter vers les îles extérieures partent d’ici. Le bureau du gouverneur édicte les règles : on ne peut quitter les limites de la ville sans fusil (les guides en portent lors des excursions), et il faut le porter en territoire à ours. Ce n’est pas du théâtre. Au Svalbard, les ours polaires sont plus nombreux que les humains. La règle existe parce que les rencontres arrivent.

Quand y aller : De février à avril pour le traîneau à chiens, les expéditions en motoneige et le retour du soleil après la nuit polaire — la lumière de ces mois-là est extraordinaire. De juin à août pour le soleil de minuit, les sorties en bateau et la randonnée. De novembre à janvier pour les aurores boréales à leur apogée, même si la nuit polaire demande une préparation mentale et de bonnes couches imperméables.