Nickerie est la deuxième ville du Suriname dans le sens le plus lâche possible du terme — c’est une vraie ville, avec une vraie infrastructure et une identité civique, mais l’appeler une cité requiert de la générosité. Ce qu’elle est, plus précisément, c’est la capitale du district de Nickerie, une vaste étendue de basses terres côtières qui produit la majeure partie du riz surinamais et dont la population est majoritairement hindoustanie surinamaise — des descendants de travailleurs sous contrat amenés de l’Inde britannique après que l’abolition de l’esclavage a transformé l’économie de plantation.
Je suis venu ici depuis Paramaribo en partie par instinct completionniste et en partie parce qu’on m’avait dit que la nourriture y était meilleure qu’à la capitale. Les deux affirmations se sont révélées exactes.
Le pays du riz
La route vers l’ouest depuis Paramaribo jusqu’à Nickerie prend trois à quatre heures sur une route qui finit par être plate et bordée de rizières. Le paysage qui s’ouvre autour de Nickerie est saisissant dans son horizontalité totale — il n’y a presque rien de vertical dans le panorama excepté l’occasional château d’eau. Les rizières s’étendent dans chaque direction, vertes ou dorées selon la saison, avec les étroits canaux d’irrigation qui maintiennent ces anciens marécages productifs en traçant des lignes géométriques à travers les champs.
Le riz ici est sérieux. Le riz surinamais à grain long a un caractère particulier que j’avais remarqué dans les restaurants de Paramaribo sans pouvoir le nommer. À Nickerie, il vient de trois kilomètres environ, et la différence est perceptible.
La nourriture
La tradition culinaire hindoustanie surinamaise à Nickerie opère sur un registre que je n’avais pas pleinement rencontré à Paramaribo. Le roti ici n’est pas la version en service rapide — il est fait à la commande, enroulé autour de garnitures qui varient selon le cuisinier et le jour. J’ai mangé dans un endroit tenu par une famille dont le grand-mère, selon le fils qui m’a servi, avait appris la recette du dal en Inde avant que la famille n’émigre en 1920. Que cette provenance précise soit exacte ou non, le dal était extraordinaire — crémeux, sombre, avec une couche d’épices tempérées sur le dessus qui laissait une chaleur dans la poitrine pendant une heure après.
La cuisine hindoustanie surinamaise incorpore des ingrédients locaux — le poisson, les légumes verts amers, la noix de coco — d’une façon qui semble complètement naturalisée plutôt qu’adaptée. C’est sa propre cuisine, pas une transplant.
Le Corantijn
Le bord occidental de Nickerie débouche sur le Corantijn, assez large ici pour que la rive guyanaise soit à peine visible. La traversée vers Springlands côté guyanais est possible mais nécessite une organisation préalable avec le service de ferry irrégulier. La plupart des gens ne traversent pas ; ils se tiennent sur la berge et regardent.
Le fleuve est ici soumis aux marées et le courant s’inverse deux fois par jour. Des bateaux de pêche travaillent les bords de marée. Des ibis rouges des colonies de mangroves côtières viennent se percher à la tombée de la nuit — les mêmes oiseaux qu’on voit dans les mangroves de Commewijne, d’un orange impossible contre un ciel qui vire au rose puis au noir.
Bigi Pan
À courte distance en voiture de Nickerie, la réserve naturelle de Bigi Pan est une zone humide côtière de mangroves, vasières et lagunes peu profondes qui constitue l’un des habitats aviaires les plus importants du Suriname. Les colonies de flamants roses peuvent y atteindre plusieurs milliers d’individus. Des tours en bateau dans la réserve partent du village voisin et naviguent dans des chenaux de mangroves avant de déboucher sur la lagune où les flamants se nourrissent, leur rose improbable contre l’eau grise et plate.
Quand y aller : Les saisons sèches rendent les déplacements routiers confortables, mais Nickerie est accessible toute l’année. La colonie de flamants de Bigi Pan est la plus impressionnante pendant les mois secs (d’août à novembre) quand les niveaux d’eau concentrent les oiseaux dans la lagune. La récolte du riz en saison sèche rend aussi la campagne environnante particulièrement photogénique.