An aerial view of unbroken Amazonian rainforest canopy in the Central Suriname Nature Reserve, a silver river cutting through it in a wide horseshoe bend with no sign of human presence
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Réserve naturelle centrale du Suriname

"J'ai voulu disparaître dans une forêt toute ma vie. C'est celle-là."

La réserve naturelle centrale du Suriname n’est pas une destination dans laquelle on tombe par hasard. L’accès requiert un petit avion depuis Paramaribo jusqu’à une piste dans l’intérieur, suivi d’un trajet en pirogue sur le fleuve, parfois suivi de jours de randonnée sur des sentiers qui n’existent que parce que quelqu’un les a tracés à la machette et se refermeront dès que l’entretien s’arrête. La réserve couvre 1,6 million d’hectares. Il n’y a pas de routes pour y entrer. La logistique, c’est le point.

J’y suis allé avec un petit groupe organisé par l’un des rares opérateurs légitimes qui travaillent sur ce territoire — quatre jours au total, en volant jusqu’à la piste de Kayser au centre de la réserve et en se déplaçant ensuite par le fleuve. Le coût n’est pas négligeable. L’expérience n’est comparable à rien d’autre que j’aie fait.

L’arrivée sur la piste

Le vol depuis Paramaribo dure environ une heure dans un petit avion à hélice, et pendant la majeure partie de ce temps on regarde par le hublot la forêt. Ininterrompue, continue, verte dans chaque direction jusqu’à l’horizon. De temps en temps un fleuve la traverse. Rien d’autre. La piste de Kayser apparaît comme une étroite clairière, du latérite rouge contre tout ce vert, on atterrit et on descend dans un air qui sent la végétation, l’eau et quelque chose de métaboliquement actif que je ne peux décrire que comme l’odeur de choses qui poussent plus vite qu’ailleurs.

Les fleuves

L’intérieur de la réserve se parcourt par les fleuves — le Coppename, le Saramacca, des affluents qui n’ont pas de noms sur la plupart des cartes. L’eau est claire et froide en profondeur, couleur de thé en surface, et les berges rejoignent directement le bord de la forêt. Les loutres géantes de rivière sont assez communes ici que notre guide a cessé de les signaler après la troisième observation. Les tapirs viennent sur la berge à la tombée du jour. Des caïmans noirs refont surface dans les passages étroits.

Les chiffres de biodiversité pour cette réserve sont du genre à commencer à sembler abstraits : plus de 5 000 espèces végétales, 400 espèces d’oiseaux, 200 mammifères. Ce que ces chiffres signifient concrètement, sur le terrain, c’est que quelque chose est toujours en train de se déplacer, d’appeler, de se nourrir ou de mourir dans votre champ de vision périphérique.

Voltzberg

La randonnée emblématique de la réserve mène au Voltzberg, un dôme de granite qui s’élève à 240 mètres au-dessus de la canopée, accessible depuis la zone de Raleighvallen. La montée se fait sur du granite nu en plein soleil, sans ombre et sans pitié, et au sommet on se tient au-dessus de la canopée et on voit la réserve s’étendre dans chaque direction jusqu’à l’horizon avec rien d’autre que plus de forêt. Le coq-de-roche — des oiseaux d’un orange brillant qui semblent peints — nichent dans les rochers à la base du dôme.

La vue du sommet est légitimement saisissante. Elle est aussi, je dois le dire, extrêmement chaude, et j’ai passé environ quinze minutes au sommet avant de redescendre.

La nuit

La réserve la nuit est un endroit entièrement différent. La température baisse de quelques degrés, les insectes s’intensifient, et le paysage sonore se transforme en quelque chose de plus dense et de plus stratifié. Des grenouilles que je n’ai jamais vues produisaient des sons que je ne pouvais pas localiser. Deux fois je me suis réveillé à 3h du matin sur un son que mon guide, le lendemain matin, a joyeusement identifié comme un jaguar faisant sa ronde.

Je n’ai pas vu le jaguar. Mais savoir qu’il était là, à tourner autour du périmètre du camp dans le noir — cette information a changé quelque chose à l’endroit et à moi-même dedans.

Quand y aller : La petite saison sèche (de février à avril) est idéale pour les déplacements en intérieur — les fleuves sont navigables, les sentiers praticables, et la montée du Voltzberg faisable sans patauger dans la boue. Réservez des mois à l’avance auprès d’un opérateur certifié, car l’accès est étroitement géré et les groupes sont petits. Le voyage indépendant n’est pas autorisé.