A dramatic overlook from a forested cliff in Brownsberg Nature Park, with the vast silver expanse of Brokopondo Reservoir stretching to the horizon below through morning mist
← Suriname

Parc naturel de Brownsberg

"La jungle ici ne ressemble pas à un décor — elle ressemble au vrai sujet."

La route qui monte vers Brownsberg est du genre à faire regretter son contrat de location de voiture. Raide, creusée d’ornières, impitoyable en saison des pluies, elle grimpe à travers une forêt secondaire avant que la végétation ne s’épaississe en quelque chose de plus ancien et de plus sérieux. Au moment où l’on arrive sur le plateau, à environ 500 mètres d’altitude, l’air s’est rafraîchi juste assez pour s’en apercevoir, et tout sent la terre mouillée et quelque chose de vaguement floral que je n’ai jamais réussi à identifier.

Le parc naturel de Brownsberg se trouve à environ 130 kilomètres au sud de Paramaribo, et c’est la jungle la plus sérieuse et la plus accessible du Suriname. Accessible étant un terme relatif — il faut quand même un quatre-quatre, une tolérance raisonnable pour un hébergement basique, et une certaine disposition à se faire dévorer à la tombée de la nuit si on oublie le répulsif.

Les belvédères

Les vues emblématiques du parc sont les belvédères surplombant le réservoir de Brokopondo — un vaste lac gris-argenté créé dans les années 1960 quand le Suriname River a été barré pour un projet hydroélectrique. Depuis les points de vue de Mazaroni et d’Irene, on aperçoit les troncs d’arbres morts qui se dressent encore dans l’eau des décennies plus tard, forêts fantômes conservées à la perfection dans la surface immobile. C’est inquiétant d’une façon que la photographie ne rend pas vraiment — le réservoir s’étend jusqu’à l’horizon et les arbres noyés donnent l’impression que quelque chose commence juste à émerger de l’eau, ou vient tout juste de finir d’y sombrer.

Je me suis assis au belvédère de Mazaroni pendant presque toute une matinée. Un ara bleu et jaune progressait le long de la paroi rocheuse en dessous de moi, apparemment indifférent.

Les sentiers

Le réseau de sentiers est gérable — quelques itinéraires bien balisés allant d’une promenade tranquille à une vraie descente d’une demi-journée jusqu’à une cascade. Le sentier des chutes d’Irene plonge à travers une forêt si dense qu’on perd la lumière même en plein midi, la végétation se refermant des deux côtés. Les chutes elles-mêmes sont modestes, mais la vasque au fond est froide et limpide, et après la descente, elle semble immense.

Ce que les sentiers offrent plus que des paysages dramatiques, c’est une densité de vie sauvage. J’ai recensé des toucans, plusieurs espèces de tangaras, des fourmis coupeuses de feuilles traversant le chemin en un flot ininterrompu pendant ce qui a semblé vingt minutes, et un bruissement lointain que mon guide a identifié comme un tapir sans avoir l’air particulièrement concerné. Il avait raison — on ne l’a jamais vu, mais on a trouvé les empreintes ensuite.

La nuit et l’aube

Séjourner au lodge basique du parc, c’est se réveiller avant le jour pour profiter des heures les plus intéressantes. Le chœur de l’aube ici n’est pas une musique de fond — c’est un bruit précis et stratifié qui demande quelques minutes pour être démêlé en ses espèces composantes. Les singes hurleurs poussent leurs appels graves, semblables à des cornes de brume, depuis quelque part sous le bord du plateau. Des oiseaux que je n’aurais su nommer répondaient depuis la canopée au-dessus.

Lia m’a forcé à l’emmener dehors à 5h30 un matin pour attraper la brume dans la vallée avant que le soleil ne la brûle. Elle avait raison. Le réservoir en contrebas avait disparu entièrement dans le blanc, et seules les pointes des arbres morts perçaient la surface comme des épingles.

Y aller

La plupart des visiteurs viennent en excursion d’une journée depuis Paramaribo, mais ça veut dire manquer complètement les soirées et les matins, ce qui est une erreur. La route prend environ deux à trois heures selon les conditions. Un guide local vaut le coût — pas seulement pour l’identification de la faune mais pour naviguer dans les sentiers du parc, qui sont bien balisés mais bénéficient de quelqu’un qui sait vraiment où les animaux se trouvent.

Quand y aller : La petite saison sèche (de février à avril) offre les ciels les plus dégagés et les meilleures conditions routières pour la montée. D’août à novembre, c’est bien aussi. Évitez la grande saison des pluies (de mai à juillet) quand la route d’accès peut devenir impraticable et les sentiers se transformer en bourbier.