Des touristes marchant vers les pyramides noires et effilées de Méroé qui surgissent du désert nubien sous un ciel d'un bleu tranchant, photo de Muneeb Yassir

Afrique

Soudan

"Les pyramides ici sont plus raides, plus brutes, et personne n'est là."

Je suis arrivé à Khartoum par un vol tôt le matin depuis Addis-Abeba, les yeux mi-clos et sans vraiment savoir dans quoi je m’étais embarqué. Le chauffeur de taxi a insisté pour s’arrêter manger du ful — un ragoût de fèves mijotées, servi dans un bol en argile ébréché avec du pain — avant même de m’approcher de ma guesthouse. Je l’ai mangé sur un tabouret en plastique au bord d’un rond-point pendant que la ville se réveillait autour de moi. Ce petit-déjeuner a donné le ton de tout ce qui a suivi.

Le Soudan est un de ces endroits qui refuse de se livrer rapidement. Le rythme est délibéré, presque obstiné. Les maisons de thé ouvrent avant l’aube et ferment vers midi. Les gens s’assoient et parlent longuement de rien et de tout. Dans le nord, le long du Nil, de petits villages agricoles apparaissent entre des étendues de désert si plates et si orangées que l’horizon semble peint. Les pyramides de Méroé — et je ne saurais trop insister là-dessus — ne ressemblent pas à ce qu’on imagine. Elles sont plus raides que les égyptiennes, plus sombres, et le jour où je les ai visitées, j’ai compté moins d’une douzaine de personnes. On peut s’en approcher à pied, les toucher, s’asseoir à leur ombre avec un sandwich. Il y a un gardien. Il m’a apporté du thé. Je suis resté deux heures.

Le tronçon entre Khartoum et Karima en longeant le Nil vaut le voyage par voie terrestre. La traversée en ferry à Karima, la silhouette imposante du Jebel Barkal au crépuscule, les ruines de Napata à moitié recouvertes par le sable — c’est le genre de voyage qui exige de la patience mais qui rembourse au centuple. La nourriture reste simple : viande grillée, pain plat, salade de tomates et d’oignons, thé à la menthe sucré et parfois un café d’une intensité redoutable. J’ai bien mangé tout le temps, sans jamais dépenser grand-chose.

Quand y aller : De novembre à février. La chaleur du désert entre avril et septembre est brutale — 45 °C ne sont pas rares à l’intérieur des terres. Les mois plus frais apportent des températures raisonnables, un ciel dégagé et parfois une brume matinale sur le Nil. Éviter la saison des pluies (juillet–août), pendant laquelle certaines routes dans le sud deviennent impraticables.

Ce que la plupart des guides ratent : Chaque article sur le Soudan commence par un avertissement : c’est difficile, dangereux, fermé aux visiteurs. Une partie de ça était vrai à certains moments. Mais ce que les guides passent systématiquement à côté, c’est à quel point l’expérience est accessible pour un voyageur indépendant prêt à faire un peu de préparation logistique. Visas, permis pour certains sites archéologiques, enregistrement auprès des autorités à l’arrivée — c’est bureaucratique, pas menaçant. L’hospitalité que j’y ai rencontrée comptait parmi les plus désarmantes de tous mes voyages. Des gens m’arrêtaient dans la rue non pas pour me vendre quelque chose, mais pour me demander d’où je venais et si j’avais mangé.