Maisons colorées en tôle ondulée le long du front de mer de Puerto Natales, avec le golfe Última Esperanza qui s'étend derrière elles sous un ciel patagon spectaculaire
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Puerto Natales

"Chaque restaurant ici sait à quelle heure part le bus pour Torres del Paine. Ça vous dit quelque chose."

Arrivée au bord du monde

Le bus depuis Punta Arenas prend environ trois heures, longeant le golfe Última Esperanza à travers un paysage qui donne l’impression que quelqu’un a enlevé tous les arbres et a oublié de les remettre. Quand on arrive à Puerto Natales, le vent vous fait déjà comprendre que vous êtes ailleurs. La ville se trouve au bout d’un fjord, sans prétention sur ce qu’elle est : un relais, un point de ravitaillement, un endroit pour manger un vrai repas avant d’entrer dans le parc et après en être sorti.

Je suis arrivé début novembre, avant que la saison ne batte vraiment son plein, et j’ai trouvé une ville encore à moitié endormie. La rue principale alignait les boutiques de location de matériel entre les restaurants et les auberges, toutes avec des panneaux écrits à la main au sujet des horaires de bus et des permis de trek. Les bâtiments en tôle ondulée, peints en verts, jaunes et rouges délavés, donnent au lieu un caractère improvisé que j’ai trouvé sincèrement charmant. C’est une ville construite pour être utile par des gens qui avaient besoin d’une ville ici, pas une destination conçue pour le plaisir esthétique de qui que ce soit.

Le front de mer et ce qu’il vous apprend

La promenade sur le front de mer le long du golfe Última Esperanza est l’une de ces flâneries urbaines que la lenteur récompense. Dans la lumière de l’après-midi, l’eau vire au gris argenté, et les montagnes de l’autre côté du golfe accrochent les nuages de façons qui changent toutes les dix minutes. Je l’ai parcourue deux fois — une fois le matin alors que quelques bateaux de pêche prenaient le large, et une fois au crépuscule, quand la température a chuté brutalement et que j’étais le seul sur le chemin. Il y a un petit quai en bois où des gens du coin pêchent sans urgence apparente. Le golfe s’étend assez loin pour donner une impression océanique, ce qu’il est techniquement — vous regardez un doigt du Pacifique.

Le musée municipal est petit et mérite une heure, surtout pour la section sur le peuple kawésqar, les nomades en canoë qui ont habité ces canaux pendant des milliers d’années avant le contact européen. Leur adaptation à ce climat — pagayer dans des embarcations ouvertes dans des conditions qui poussent la plupart des randonneurs modernes à se réfugier dans leur sac de couchage — est difficile à pleinement saisir debout dans une salle chauffée. Mais le musée s’y essaie.

Manger et se reposer

Après quatre jours sur le W Trek, j’ai tout mangé. Puerto Natales prend au sérieux son rôle de station de récupération. La centolla — le crabe royal — est la chose à commander si vous pouvez vous le permettre, cuit simplement et servi dans sa carapace. L’agneau est omniprésent et excellent, rôti lentement à la mode patagonne. Plusieurs endroits servent un vrai espresso et du pain frais dès 7 heures, ce qui compte plus qu’il n’y paraît quand on a avalé du porridge instantané dans un refugio.

L’auberge où j’ai logé avait une salle de séchage pour le matériel — un détail qui compte énormément après des jours de pluie patagonne. Des bottes mouillées qui sèchent pendant la nuit, c’est une amélioration considérable de la qualité de vie. Si vous prévoyez le circuit de Torres del Paine, passez deux nuits à Puerto Natales : une avant pour régler permis et matériel, une après pour récupérer avant le bus vers le sud.

Prendre ses repères

La ville est assez petite pour qu’on s’y oriente en un après-midi. La gare routière dessert Punta Arenas, Torres del Paine et — selon la saison — passe la frontière vers Puerto Madryn en Argentine via le poste de Río Turbio. Le ferry pour Puerto Montt, le Navimag, part d’ici à travers les fjords : un voyage de quatre jours qui est une expérience à part entière.

Quand y aller : d’octobre à avril pour des conditions de trek viables. La ville elle-même fonctionne toute l’année, mais les hivers sont sombres, froids et la plupart des services tournent au ralenti. Janvier et février connaissent l’affluence touristique la plus forte ; novembre et mars offrent des rues plus calmes et des prix plus bas sans gros compromis sur la météo.