Pas ce que j’attendais d’un parc national
J’ai visité beaucoup de parcs nationaux. La plupart comportent un chemin goudronné, un belvédère, un panneau expliquant la formation géologique, et la possibilité de retourner au parking pour un sandwich. Le Paradis slovaque — Slovenský raj — fonctionne sur un tout autre modèle. Les sentiers de gorges y sont à sens unique, équipés de chaînes, d’échelles et de passerelles de bois boulonnées aux parois, et ils exigent un véritable engagement physique avec le terrain, d’une manière qui semble réellement inédite la première fois qu’on y est confronté.
Le parc se situe au centre-est de la Slovaquie, un plateau karstique entaillé par des gorges fluviales qui se déversent dans la vallée du Hornád. Les gorges sont étroites — parfois à peine de la largeur d’une épaule au fond — et les sentiers suivent les lits des torrents vers l’amont, ce qui signifie que l’on grimpe à travers les cascades plutôt que de les contourner. Des barreaux de fer fichés dans la roche. Des échelles de bois au-dessus de plongées dans des vasques. Des sections où le chemin est une grille métallique suspendue au-dessus de l’eau, à travers laquelle on peut regarder droit vers le lit du torrent, trois mètres plus bas.
La gorge de Suchá Belá
Le sentier le plus accessible et le plus célèbre du parc suit la Suchá Belá, une gorge qui grimpe d’environ 300 mètres sur à peu près quatre kilomètres. Le sentier est à sens unique — uniquement en montée — ce qui évite le goulot d’étranglement gênant des gens tentant de se croiser sur une corniche étroite au-dessus d’une cascade, une décision de conception que j’ai trouvée immédiatement sensée.
La première section grimpe à travers la forêt, trompeusement facile, puis la gorge se rétrécit et les passages techniques commencent. Une chaîne fixe le long d’une paroi mouillée d’embruns. Une échelle de bois appuyée contre une cascade de dix mètres, les planches glissantes d’humidité, l’eau retombant assez près pour vous tremper le bras. Le temps d’atteindre la section supérieure, où la gorge s’ouvre légèrement et où les cascades cèdent la place à des vasques entre des parois calcaires moussues, vous avez l’impression d’avoir réellement accompli quelque chose. C’est l’un des accomplissements physiques les plus satisfaisants que j’aie connus sur un sentier.
Le plateau au-dessus
Ce qui surprend ceux qui n’ont lu que sur les gorges, c’est que le parc est tout aussi intéressant là-haut. Le plateau du Slovenský raj est un paysage vallonné de prairies ponctué de dolines, d’affleurements calcaires et de forêts d’épicéas qui s’ouvrent à l’improviste sur des clairières. La marche y est entièrement différente — ouverte, pastorale, le genre de terrain où l’on voit le temps arriver à des kilomètres.
Une boucle combinant l’ascension d’une gorge, une traversée du plateau et une descente différente vers la vallée vous offre les deux expériences en une seule journée. J’ai fait cela en partant de Čingov, sur le versant nord : montée par la Suchá Belá, traversée du plateau jusqu’au point de vue de Tomášovský výhľad — un rebord de falaise calcaire avec une plongée sur la vallée du Hornád à laquelle je n’étais pas préparé en termes de pure échelle — puis descente par un chemin plus doux à travers une hêtraie jusqu’au fond de la vallée.
Réalités pratiques
Apportez des chaussures à bonne adhérence. Les sentiers de gorges ne conviennent catégoriquement pas aux sandales ni aux baskets légères, et ce n’est pas un panneau qui se couvre par précaution — c’est une véritable nécessité pratique. Les sections à chaînes et échelles exigent de hisser le poids de son corps sur de la roche mouillée, et les seules choses qui vous séparent du lit du torrent sont les prises que vous tenez.
Le parc compte plusieurs points d’entrée et un réseau de refuges pour les nuitées. Le vélo est autorisé sur les sentiers du plateau mais pas dans les gorges, ce qui maintient une hiérarchie raisonnable.
Quand y aller : De mai à octobre. Les gorges sont fermées en hiver à cause de la glace, et certains sentiers ferment ponctuellement après de fortes pluies, lorsque le niveau de l’eau rend les échelles dangereuses. Juillet et août apportent la plus grande affluence — arrivez tôt le matin pour éviter les embouteillages aux passages techniques. Fin septembre est idéal : la hêtraie vire à l’ambre, la foule se clairsème, et le niveau de l’eau après l’été est généralement stable.