Les murs de granit du monastère Sainte-Catherine à l'aube, se détachant sur la paroi rose du mont Sinaï, avec un cyprès solitaire et une oliveraie au premier plan
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Monastère Sainte-Catherine

"Quatorze siècles d'occupation continue, et la bibliothèque sent exactement comme on l'espérait."

Le plus vieux mur encore debout

Le monastère a été bâti sur ordre de l’empereur Justinien entre 548 et 565 de notre ère, sur le site où, selon la tradition, Moïse rencontra le buisson ardent. Les murs qu’ont élevés les ingénieurs de Justinien sont les mêmes murs qui se dressent aujourd’hui. Une telle continuité ininterrompue est difficile à trouver ailleurs sur terre — ce n’est pas un monument reconstruit mais une institution vivante, une communauté de moines grecs orthodoxes présents ici, à travers la conquête islamique, l’incursion des croisés, la domination ottomane et le nationalisme égyptien, sans interruption.

Je suis arrivé tôt le matin, avant que les bus de touristes ne montent de Charm, et je me suis tenu dans la cour extérieure dans un silence à peine troublé par les pigeons et le son lointain d’une cloche. L’échelle est plus modeste qu’on ne s’y attend. Ce n’est pas un complexe de cathédrale ; c’est un village fortifié, compact et fonctionnel, conçu pour survivre dans un lieu qui ne voulait rien avoir à faire avec l’habitation humaine.

Le buisson ardent et la bibliothèque

Le Buisson est toujours là — ou plutôt, un descendant du rosier d’origine, Rubus sanctus, pousse encore dans la cour derrière la basilique, à l’endroit exact où la tradition situe la théophanie. Les moines font remarquer qu’aucune bouture de ce buisson n’a jamais pu être enracinée ailleurs. Que tu trouves cela significatif ou simplement botanique, le buisson est bien vivant, et vert, et pousse à travers la fenêtre de la petite chapelle du Buisson ardent bâtie autour de lui.

La bibliothèque est l’un des grands dépôts de manuscrits chrétiens anciens au monde — seconde seulement après le Vatican pour le nombre de textes antérieurs au IXe siècle. La majeure partie n’est pas accessible aux visiteurs, ce qui est juste. Ce qu’on peut voir, dans un petit musée donnant sur la cour principale, suffit : évangéliaires enluminés, décrets impériaux sur vélin, une collection d’icônes qui compte certains des plus anciens exemples survivants de la technique de l’encaustique où que ce soit.

Le Codex Sinaiticus, la Bible grecque du IVe siècle qui figure parmi les plus importants manuscrits existants, a été « acquis » dans ce monastère par l’érudit allemand Constantin von Tischendorf au XIXe siècle et réside aujourd’hui principalement à la British Library de Londres. Les moines ne l’ont pas oublié. Le sujet revient si on le leur demande.

La ville et le haut plateau

Le village voisin de Sainte-Catherine est une petite implantation bédouine devenue ville de services, avec des pensions, quelques restaurants et l’infrastructure administrative d’un endroit que les gens utilisent comme base pour la montagne. Le haut plateau environnant — autour de 1 600 mètres — a un climat différent de tout le reste du Sinaï : hivers froids avec neige occasionnelle, étés frais, une austérité montagnarde qui paraît plus centrasiatique que moyen-orientale.

Lia et moi avons passé deux nuits dans une petite pension tenue par une famille bédouine qui servait le dîner sur une table basse dans la pièce principale : agneau mijoté, soupe de lentilles, pain plat sorti d’un four en argile, et thé fort. La grand-mère était assise dans le coin, à regarder un feuilleton turc sur un petit téléviseur, le son baissé. C’était l’une de ces soirées qui ressemblait exactement à ce que le voyage est censé produire.

Visiter

Le monastère n’est ouvert que le matin, fermé les vendredis et dimanches ainsi que les jours de fête grecque orthodoxe (qui sont nombreux). Le code vestimentaire est appliqué à l’entrée. La photographie à l’intérieur de la basilique n’est pas autorisée, et à juste titre.

Quand y aller : le printemps (mars-avril) et l’automne (octobre-novembre) pour la meilleure météo de randonnée sur le plateau environnant. L’hiver apporte le froid et parfois la neige, ce qui rend le paysage de granit franchement spectaculaire. L’été est gérable en altitude, mais le désert alentour est féroce.