Parc national de Ras Mohammed
"Le tombant plonge à quatre cents mètres et les poissons se moquent que tu les regardes."
Là où les golfes se rencontrent
Le nom signifie Cap de Moïse en arabe et la géographie justifie l’emphase. À la pointe extrême de la péninsule du Sinaï, le golfe de Suez et le golfe d’Aqaba convergent en une agitation permanente de courant qui a, sur des millions d’années, nourri l’un des écosystèmes coralliens les plus diversifiés de la planète. Tiens-toi sur le promontoire sous le bon angle et tu peux voir deux couleurs d’eau différentes se presser l’une contre l’autre — pas une métaphore, une ligne réellement visible où températures et salinité diffèrent.
Je suis sorti en bateau à la journée depuis Charm, une heure de navigation autour de la côte, et le passage de la marina balnéaire à la nature protégée s’est fait vite. Le dernier hôtel de Charm a disparu derrière un promontoire et il n’est plus resté que des falaises désertiques, des estrans de mangrove et le bleu particulier de l’eau profonde.
Shark Reef et Jolanda
Le site pour lequel tout le monde vient est le double récif — Shark Reef et Jolanda Reef reliés par une selle étroite à une vingtaine de mètres. La plongée commence au-dessus du plateau, où le corail est aussi dense et sain que je l’ai vu nulle part ailleurs, puis on suit le tombant. Il descend. Et descend encore. La profondeur officielle à la base dépasse les 400 mètres, et à 30 mètres on ne voit toujours pas le fond. Ce qu’on voit, en revanche : des bancs de barracudas assez denses pour masquer le soleil quand ils s’inclinent, des requins gris de récif croisant le long de la thermocline avec une indifférence mécanique, et, à l’occasion, un requin-marteau l’hiver surgissant de la brume bleue.
Le Jolanda Reef tient son nom d’un cargo qui a sombré ici en 1980. L’épave s’est disloquée et éparpillée le long du tombant au fil des décennies, mais on peut encore trouver les sanitaires du navire — toilettes, baignoires — logés dans le corail à 28 mètres. C’est l’une des juxtapositions les plus surréalistes que j’aie rencontrées en plongée où que ce soit.
Le parc à terre
Ras Mohammed est aussi un parc terrestre, et la partie à pied récompense quelques heures de marche. Le Mangrove Channel s’enfonce dans l’estran côtier — un chenal d’eau calme bordé de mangroves rouges, dont les racines-échasses s’enchevêtrent dans le mélange saumâtre de suintement d’eau douce et de mer. La vie ornithologique y est sérieuse : hérons, aigrettes, balbuzards suspendus dans les ascendances au-dessus du bord de la falaise.
Les terrasses de corail fossilisé sur le promontoire lui-même sont la preuve visible d’anciens niveaux marins — des corniches de corail mort échouées dix mètres au-dessus de la ligne d’eau actuelle, laissées en arrière à mesure que la terre s’élevait ou que la mer se retirait à l’échelle des temps géologiques. J’ai passé vingt minutes à simplement regarder les textures, les structures fantômes d’animaux calcifiés avant qu’il y ait des humains pour les observer.
Logistique
L’entrée du parc exige un droit supplémentaire en plus de tout forfait de plongée à Charm, et l’administration du parc prend l’application des règles au sérieux. Pas de véhicules privés sans permis. Pas de camping sur la plage. Pas de pêche. Les restrictions ont fonctionné : l’environnement marin y est visiblement plus sain que sur les sites non protégés des environs. Je compte cela comme une preuve que les règles, parfois, comptent.
Le meilleur accès se fait en bateau depuis Charm pour les journées de plongée ; l’entrée terrestre est à 25 kilomètres de route de la ville et vaut le détour pour les mangroves et le promontoire, même sans plonger.
Quand y aller : d’octobre à avril pour la plongée — les requins-marteaux d’hiver sont une réelle possibilité de décembre à février. Le parc est accessible toute l’année, mais la chaleur estivale (plus de 40 °C) rend l’exploration terrestre pénible. Les mers calmes et la visibilité maximale arrivent en novembre et en mars.