Silki Yared
"Le loup était là avant moi. Il m'a regardé arriver et n'est pas parti."
Le troisième sommet, presque jamais le premier choix
Le Silki Yared culmine à 4 420 mètres, troisième plus haut point d’Éthiopie, et il ne figure pas dans la plupart des itinéraires de randonnée standard du Simien. L’itinéraire classique court le long de l’escarpement nord — Sankaber, Geech, Chenek, Ras Dashen — et le Silki, situé un peu au sud de cette ligne, est soit un écart, soit un objectif à part. C’est précisément pour cela que je voulais y aller.
L’approche depuis la zone de Chenek demande une demi-journée pour atteindre les pentes inférieures, puis trois ou quatre heures de plus jusqu’à la crête sommitale. Le sentier est moins marqué que la piste principale, et mon guide, un homme discret de Debark prénommé Tesfaye qui préférait nettement cet itinéraire à la piste encombrée de l’escarpement, s’orientait en partie aux points de repère et en partie à quelque chose qui ressemblait à de la mémoire. Je suivais et m’efforçais de ne pas poser trop de questions.
Le plateau entre Chenek et Silki
Le haut plateau au sud de l’itinéraire principal de l’escarpement a une qualité différente de ce que l’on rencontre sur la randonnée classique. Il est plus large, moins spectaculaire au sens des bords de falaise, et presque entièrement vide d’autres randonneurs. La lande afro-alpine y est immaculée — laîches, lichens et immortelles, les lobélies géantes dressées par intervalles comme des sentinelles, tout le paysage ondulant légèrement sous le vent venu des sommets.
C’est ici le cœur du territoire du loup d’Éthiopie. Le plateau abrite l’une des populations de loups les plus denses du Simien, et Tesfaye avait un bon instinct pour savoir où regarder — non pas sur les lignes de crête évidentes, mais dans les terrains plus bas où se concentrent les colonies de rats-taupes géants. Les loups chassent ces rongeurs exclusivement, travaillant les ouvertures des terriers avec une intensité patiente qui vous fait comprendre pourquoi ils sont encore là, adaptés si étroitement à cet écosystème précis.
La crête sommitale
Le sommet du Silki est une longue crête étroite plutôt qu’une pointe — une échine de roche exposée à 4 420 mètres, le plateau sud plongeant d’un côté et le massif du Ras Dashen visible au nord-est. Le vent sur la crête était le plus fort que j’aie rencontré dans tout le Simien, une poussée froide et soutenue venue du nord-ouest qui faisait du fait de rester debout une décision consciente.
Les vues depuis le Silki diffèrent de celles du Ras Dashen par leur orientation : davantage tournées vers le sud, donnant sur la zone basse des hautes terres qui relie le Simien au plateau du Tigré, avec l’escarpement courant en diagonale à travers le champ de vision. Par temps très clair, m’a dit Tesfaye, on peut apercevoir le début du miroitement de la dépression du Danakil à l’horizon lointain, au nord-est. J’ai vu quelque chose qui aurait pu être cela, ou qui aurait pu être un nuage.
Le prix de la solitude
Le prix d’aller au Silki, c’est la logistique. Cela exige un arrangement de permis distinct auprès de Debark, un guide disposé à faire l’itinéraire sud (ils ne le sont pas tous) et au moins une journée supplémentaire ajoutée à un itinéraire standard. Le camp près du sommet est rudimentaire — tente au sol uniquement, pas d’abris — et l’altitude impose la même préparation au froid qu’à Chenek.
Ce que vous obtenez en retour, c’est un Simien que la plupart des visiteurs ne voient jamais : le même paysage, les mêmes espèces endémiques, la même grandeur de l’escarpement, mais entièrement à vous. Sur les deux jours que j’ai passés dans la zone du Silki, je n’ai vu aucun autre randonneur. Les loups, les bouquetins sur les terrasses inférieures, les gypaètes exploitant les courants ascendants de la face sud — j’ai partagé tout cela avec Tesfaye, le garde, et personne d’autre.
Quand y aller : De novembre à février, pendant la saison sèche, quand le plateau sud est accessible et que la crête sommitale est dégagée des nuages de saison humide qui rendent l’orientation sur cet itinéraire moins balisé réellement dangereuse. Organisez le Silki spécifiquement auprès du quartier général de Debark — le permis et le guide sont distincts du dispositif de la randonnée standard. Comptez au moins deux jours pour la zone.