Un ensemble d'abris de camp aux murs de pierre sur un plateau verdoyant d'altitude, l'escarpement abrupt du Simien tombant vers une vallée des milliers de mètres plus bas
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Sankaber

"Les babouins n'ont pas levé les yeux. J'étais la chose la moins intéressante de la montagne."

Arrivée au-dessus de la ligne des nuages

La marche de Buyit Ras jusqu’à Sankaber m’a pris la majeure partie d’une matinée. Le sentier monte à travers les eucalyptus puis débouche sur la lande ouverte, celle qui existe en altitude — arbustes semblables à la bruyère, lobélies géantes qui commencent tout juste à apparaître, et un vent qui vient de nulle part. Quand l’escarpement est apparu sur ma gauche, ce fut brutal : un pas, de l’herbe ; le pas suivant, une paroi de falaise tombant de centaines de mètres vers une vallée dont je ne voyais pas le fond.

Le camp de Sankaber se trouve à environ 3 250 mètres, un ensemble d’abris de pierre et une petite hutte où le ranger vérifie vos papiers. La première chose que j’ai remarquée en arrivant n’était pas la vue, pourtant extraordinaire, mais les géladas. Une troupe d’une soixantaine d’individus broutait la prairie entre le camp et le bord de la falaise, totalement indifférente à ma présence. Ils ne ressemblent à aucun autre primate que j’aie observé — ils broutent l’herbe comme des ongulés, avançant sur leurs mains et leurs pieds, arrachant les brins de leurs doigts rapides et précis.

L’escarpement au crépuscule

Le geste classique à Sankaber, c’est de longer le rebord en fin d’après-midi. Je l’ai fait seul, suivant le bord de la falaise vers l’ouest jusqu’à ce que le camp ait disparu de la vue, puis je me suis assis sur une corniche pour regarder la lumière changer. La vallée en contrebas était dans l’ombre dès quatre heures, mais la ligne de crête lointaine est restée orange une heure de plus, et le plateau du Simien derrière moi a viré à un vert froid, bleuté. C’est l’échelle du lieu qui vous saisit — pas un seul de ses éléments n’est à la mesure de l’homme.

Ce soir-là, un garde d’un autre groupe est venu au feu et m’a parlé des loups d’Éthiopie qui apparaissent parfois près de Geech. Il travaillait ce sentier depuis onze ans. Il m’a dit que la première fois qu’il avait vu un loup, c’était aussi près de Sankaber, à l’aube, alors qu’il chassait des rongeurs dans le givre. J’ai noté mentalement de me réveiller tôt.

Le pays des géladas

Je me suis réveillé tôt. Pas de loup, mais les géladas étaient de retour aux premières lueurs, leurs taches rouges sur la poitrine captant le soleil bas comme des plaies à vif — la marque distinctive qui leur vaut le nom local de « singes au cœur saignant ». Les mâles, avec leur longue cape de fourrure auburn, se tenaient légèrement à l’écart des femelles et des juvéniles, et de temps à autre l’un d’eux se dressait pour scruter la prairie avant de se remettre à brouter. Leurs vocalisations emplissent le matin — un son roulant et saccadé qui ressemble davantage au vent dans des fils de fer qu’à tout ce que j’ai entendu d’un primate.

La marche de Sankaber vers la cascade de Jinbar prend environ quarante minutes si vous voulez faire un détour avant de poursuivre vers l’est. Je l’ai fait, suivant un garde sur un sentier latéral où la falaise s’ouvre en une gorge étroite et où la cascade apparaît en contrebas — un fil blanc contre le basalte sombre. Les embruns m’ont atteint avant même que je voie la chute elle-même.

Donner le ton

Sankaber est l’endroit où le Simien cesse d’être un paysage que vous regardez pour devenir un paysage dans lequel vous êtes. C’est la première nuit en altitude, la première rencontre rapprochée avec la faune endémique, le premier moment où l’on se tient au bord de l’escarpement et où l’on sent l’échelle du plateau basculer sous soi. Tout ce qui suit se mesure à l’aune de cela.

Quand y aller : D’octobre à février, c’est l’idéal — les pluies se sont dissipées, l’herbe est encore verte de la saison humide, et les troupes de géladas sont nombreuses et actives. Décembre et janvier apportent les nuits les plus froides (les températures descendent bien en dessous de zéro au camp), alors préparez votre paquetage en conséquence. Mars est agréable et moins fréquenté. Évitez juillet et août, quand les sentiers sont boueux et que la visibilité est souvent perdue dans les nuages.