Debark
"Les montagnes n'avaient pas encore commencé et j'étais déjà en retard sur le programme."
La ville qui sépare les rêveurs des faiseurs
Debark ne prétend pas être belle. C’est une ville fonctionnelle, à environ 2 850 mètres, où la rue principale sent l’injera et le diesel et où les maisons d’hôtes n’ont que de l’eau froide. Je suis arrivé de Gondar dans un minibus qui s’est arrêté deux fois pour des chèvres, et quand j’en suis descendu j’ai eu ce sentiment particulier qui vous prend au début de quelque chose de difficile — un mélange d’élan et de légère appréhension.
Le quartier général du parc national des monts Simien est ici, un bâtiment bas où l’on paie ses droits d’entrée, où l’on arrange l’éclaireur armé obligatoire, et où l’on récupère le guide qui fera ou défera votre trek. J’ai passé une longue matinée à régler tout cela. La grille tarifaire du parc avait apparemment changé depuis la dernière personne à qui j’avais parlé qui était venue. C’est toujours le cas.
La vie de rue au bord des hauts plateaux
Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’était à quel point j’allais apprécier l’attente. Le marché de Debark s’étend le long de l’artère principale certains jours de la semaine, et le mélange de gens est véritablement varié — des paysans amhara en jodhpurs blancs, des jeunes hommes en maillots de foot, des prêtres orthodoxes en tenue d’apparat passant comme s’ils étaient les maîtres de l’altitude. Le café est servi dans de petits verres et ne coûte presque rien. J’en ai bu quatre.
Les maisons d’hôtes se regroupent autour du carrefour principal. La plupart sont sommaires — un lit, une couverture qui sent vaguement la fumée, une ampoule au bout d’un fil. Ce qui leur manque en confort, elles le compensent en information. J’ai dîné à une table commune avec un couple néerlandais qui venait juste de redescendre de Chenek et un randonneur allemand solitaire qui avait fait demi-tour à Imet Gogo à cause d’une douleur au genou. Les deux conversations furent utiles.
Logistique, honnêtement
Le système obligatoire d’éclaireur et de guide suscite des avis tranchés chez les randonneurs. Le mien : l’éclaireur, un homme tranquille nommé Mulugeta qui portait un fusil avec la nonchalance de quelqu’un portant un parapluie, fut une excellente compagnie sur le sentier. La négociation du guide prend du temps. Venez avec une idée approximative de votre itinéraire, de votre niveau de forme physique, et un peu de patience. Le prix est fixé par l’autorité du parc pour la plupart des éléments — c’est sur les extras (location de mule, droits de campement sur chaque site) qu’il faut être attentif.
L’unique restaurant de Debark où finissent la plupart des randonneurs sert un solide tibs et le tej local, un vin de miel plus doux qu’on ne le croirait et plus fort qu’il n’en a l’air. J’ai pris un copieux repas la veille du départ du trek, sachant que l’altitude et l’effort allaient recâbler mon appétit pour la semaine suivante.
Le dernier sol plat
Il y a un moment, en fin d’après-midi, où la lumière accroche l’escarpement visible depuis le bord de la ville — un mur de roche lointain virant à l’orange puis au sombre. Je suis resté là un moment avec une tasse de thé refroidissant dans la main, à le regarder. Quoi que réservent les jours suivants, ce premier aperçu depuis Debark suffisait à confirmer que j’avais fait le bon choix en venant.
Quand y aller : d’octobre à mars, c’est la saison sèche et la fenêtre de trekking classique. La lumière est tranchante, les sentiers sont fermes, et les géladas sont plus faciles à repérer sans couverture nuageuse. Avril voit débuter les longues pluies ; juillet et août sont les mois les plus humides. Debark elle-même est accessible toute l’année en minibus depuis Gondar (environ 3 heures), mais prévoyez d’arriver un jour à l’avance — la logistique des permis prend plus de temps qu’on ne le pense.