Un randonneur sur la crête rocheuse de haute altitude approchant le sommet du Bwahit, le massif du Ras Dashen se dressant derrière sous un ciel bleu pâle strié de fins nuages
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Pic Bwahit

"Au-dessus de 4 000 mètres, chaque pas doit être décidé individuellement."

Le deuxième sommet

La plupart des randonneurs du Simien parlent du Ras Dashen. Le Bwahit, à 4 430 mètres, est celui qu’on dépasse en chemin — la deuxième plus haute montagne d’Éthiopie, traversée sur l’itinéraire qui part vers l’est depuis Chenek, rarement l’objectif principal mais toujours une présence. J’ai décidé de l’aborder comme une destination en soi, en passant du temps sur la crête et le plateau sommital avant de continuer vers le Ras Dashen le lendemain.

Le sentier depuis Chenek grimpe régulièrement à travers la haute lande, dépassant la zone afro-alpine où les lobélies géantes se font rares puis cessent, remplacées par un sol rocheux à laîche basse et une touffe occasionnelle d’immortelle. Au-dessus de 4 000 mètres la végétation devient minimale — des plaques de lichen sur la roche, quelques arbustes prostrés, puis surtout de la pierre. La lumière change aussi : plus tranchante, plus dure, avec une qualité qui rend les distances difficiles à juger.

La traversée

L’approche de la crête du Bwahit comporte une montée soutenue que j’ai trouvée plus dure que n’importe quelle journée plus basse sur le trek. Non pas à cause de la difficulté technique — le sentier est clair et pas particulièrement raide — mais parce que l’altitude se faisait connaître comme elle le fait au-dessus de quatre mille : une lourdeur subtile dans la poitrine, un léger décalage entre l’intention et le mouvement, le besoin de s’arrêter plus souvent qu’on ne s’y attend. Je m’étais bien acclimaté sur six jours, mais le corps à cette altitude travaille encore avec moins que ce qu’il voudrait.

La crête elle-même, lorsqu’on l’atteint, est extraordinaire. La dénivellation du côté est plonge dans la haute vallée qui sépare le Bwahit du Ras Dashen, et la vue vers l’ouest, en arrière sur le plateau, est la plus ample que j’aie eue où que ce soit dans le Simien — par temps clair, on voit l’escarpement jusqu’à Geech, et au-delà, la brume des basses terres qui finissent par devenir le Soudan et le Nil.

Ce que le sommet offre

Le sommet du Bwahit est un large plateau parsemé de pierres plutôt qu’une pointe. Je m’y suis assis une heure, mangeant lentement (l’altitude fait d’étranges choses à l’appétit — on a faim mais l’acte même de manger demande un effort), à regarder la lumière se déplacer sur le massif du Ras Dashen à l’est. Le contraste entre le plateau arrondi et rocheux du Bwahit et le massif plus spectaculaire du Ras Dashen devant explique pourquoi la plupart des gens veulent les deux.

Le froid sur la crête est considérable même par temps clair. Le vent à cette altitude est constant, et en décembre ou janvier il peut faire chuter la température ressentie bien en dessous de ce qu’indique le thermomètre. J’avais une doudoune, une couche coupe-vent, des gants et un bonnet, et j’étais encore conscient du froid jusque dans mon cœur après une heure assis.

Entre deux sommets

Il y a un plaisir à prendre au sérieux le deuxième plus haut sommet, à ne pas le traiter comme un simple chemin vers le Ras Dashen. Le Bwahit a sa propre logique — une longue ligne de crête aux vues changeantes, une altitude qui filtre la plupart des visiteurs occasionnels, un silence au-dessus des nuages qui diffère du silence des camps de vallée. Vous êtes, à ce stade, véritablement haut — plus haut que partout en Europe, plus haut que la plupart des endroits où l’on va sans entraînement technique spécifique.

Le sentier du Bwahit jusqu’à la base du Ras Dashen, ce sont deux heures supplémentaires de descente puis de remontée. La plupart des groupes font cela en une seule longue journée depuis Chenek, atteignant le sommet du Ras Dashen et revenant. Je suis resté sur la crête jusqu’à ce que la lumière tourne, puis j’ai campé en contrebas. Je recommande cette extravagance à quiconque peut se le permettre.

Quand y aller : d’octobre à mars uniquement — à cette altitude, la saison des pluies expose dangereusement à la foudre et à l’hypothermie. Les mois idéaux vont de novembre à février, quand les ciels sont clairs et stables. Partez de Chenek au plus tard à 5 h 30 pour atteindre la crête avant que les nuages ne se forment. Un guide certifié est exigé par le parc.