Col de Nathula
"Le panneau indique « frontière Inde-Chine ». Cinquante mètres plus loin, c'est le Tibet. Le vent, lui, n'en a rien à faire."
Il y a une absurdité au col de Nathula à laquelle aucune somme de recherches ne vous prépare vraiment. Après le processus de permis, le convoi de véhicules réglementé et les deux heures de route depuis le lac Tsomgo le long d’une voie qui se réduit à une seule file creusée dans la paroi rocheuse, on arrive au sommet d’un col à 4 310 mètres et on trouve — une boutique de souvenirs. Deux boutiques de souvenirs, en fait. Des fanions de l’armée indienne. Une porte. Et derrière la porte, un soldat chinois qui vous observe depuis l’autre côté de cinquante mètres de no man’s land.
Je suis resté là, les mains enfoncées dans les poches contre un vent qui venait droit du plateau tibétain sans s’arrêter pour quoi que ce soit, à essayer de démêler ce que je ressentais. La réponse était surtout : froid, un peu à bout de souffle, et sincèrement incertain.
Le col et la frontière
La porte frontière de Nathula possède une qualité cérémonielle singulière dont aucun des deux camps ne semble entièrement à l’aise. Des jawans de l’armée indienne, en vert olive, se tiennent au garde-à-vous de leur côté ; de l’autre, des soldats chinois en kaki observent à distance. Les touristes étrangers sont autorisés à s’approcher de la porte et à regarder à travers. On ne peut pas photographier le côté chinois directement — les règles sont appliquées, poliment mais fermement, par les soldats indiens, qui sont par ailleurs ravis de prendre votre téléphone et de vous photographier devant la porte si vous le souhaitez.
Le col se trouve sur l’ancienne route de la soie reliant l’Inde au Tibet, et un accord commercial bilatéral signé en 2006 l’a rouvert à un commerce limité de marchandises, après une fermeture depuis 1962. Le bâtiment du marché en contrebas de la porte — largement vide lors de ma visite — témoigne du fait que le volet commercial a tardé à revivre par rapport à la symbolique.
La réalité de l’altitude
4 310 mètres, c’est assez haut pour rendre la plupart des choses pénibles. Marcher du véhicule jusqu’à la porte — peut-être deux cents mètres — me faisait respirer consciemment, avancer un peu plus lentement que d’habitude. Les personnes souffrant de problèmes cardiaques ou respiratoires devraient être prudentes. Les conseils habituels sur l’altitude s’appliquent, et plus encore : ne pas se précipiter, boire de l’eau, manger quelque chose avant de monter.
Le froid amplifie tout. Même en octobre, en plein soleil, le vent rendait la température ressentie telle que mes quatre couches n’y suffisaient pas tout à fait. Les vendeurs des petites échoppes de chai près de la porte font d’excellentes affaires avec leur thé au gingembre brûlant, qui à cette altitude avait le goût de la meilleure chose que j’aie jamais consommée.
Ce qui entoure le col
La montée depuis Tsomgo est, à certains égards, la véritable récompense. La route grimpe à travers des prairies alpines — appelées bugyals — qui au printemps sont, paraît-il, couvertes de primevères et de gentianes. En octobre, elles avaient la couleur de la paille fanée, les crêtes au-dessus saupoudrées de neige précoce, et tout le paysage avait une simplicité austère qui semblait authentiquement tibétaine avant même la frontière.
Il y a un petit lac près de la route du sommet, sans nom sur la plupart des cartes, qui avait partiellement gelé du côté ombragé quand je suis passé. Le chauffeur l’a montré du doigt sans un mot. Il était parfait.
Permis et aspects pratiques
Nathula exige un permis de zone protégée (Protected Area Permit) spécifique au col — distinct du permis général du nord du Sikkim — et ne peut être visité que dans le cadre d’un circuit organisé depuis Gangtok. Les ressortissants indiens disposent de plus de souplesse que les touristes étrangers concernant les horaires. La plupart des agences de Gangtok proposent le lac Tsomgo et Nathula en excursion combinée d’une journée. C’est une longue journée — on part tôt et on revient épuisé — mais cela vaut le coup de le faire une fois.
Quand y aller : De mai à décembre, le col est généralement ouvert aux touristes, même si les chutes de neige hivernales peuvent le fermer à court préavis. Octobre et novembre concilient temps clair et neige sur les hautes crêtes pour l’atmosphère. Évitez la période de mousson (juillet-septembre) — la route devient instable et la visibilité près du col est généralement nulle.