Île de Tiwai
"J'ai entendu les chimpanzés avant de voir quoi que ce soit — un son grave, grandissant, qui vibrait dans la poitrine avant d'atteindre les oreilles."
La Réserve naturelle de l’île de Tiwai est située dans le Moa, dans le sud-est de la Sierra Leone, à quelques kilomètres de la frontière libérienne. Ce n’est pas un endroit où l’on arrive par hasard. La route depuis Kenema prend la meilleure partie d’une journée, l’approche finale implique une pirogue pour traverser la rivière, et le camp lui-même tourne sur un groupe électrogène qui coupe fiablement à vingt-deux heures. J’avais déjà fait ce calcul auparavant et l’avais toujours trouvé payant. Tiwai n’a pas contredit ce schéma.
Onze espèces de primates
La statistique qui revient sans cesse dans les descriptions de Tiwai — onze espèces de primates dans une zone d’environ douze kilomètres carrés — ressemble à une exagération de brochure jusqu’au moment où l’on se retrouve dans la forêt à six heures du matin à la voir se démontrer. Mon pisteur ce matin-là, un garde forestier nommé Joseph qui avait passé l’essentiel de quinze ans sur cette île, se faufilait dans les sous-bois dans un quasi-silence, s’arrêtant pour interpréter des sons que je n’arrivais pas encore à décoder.
Nous avons trouvé les chimpanzés en moins d’une heure. Un groupe de huit, se déplaçant à mi-canopée, un mâle adulte nous observant depuis une branche avec l’expression alerte et calculatrice de quelqu’un qui décide si nous valons la peine qu’il s’en préoccupe. Nous sommes restés immobiles. Il a décidé que non. Le groupe a continué sa route.
Plus tard : des singes de Diane dans un arbre fruitier, leurs marques de barbe blanche presque théâtrales. Des colobes bai-et-noir se déplaçant dans la canopée supérieure avec ce saut rythmique caractéristique. Des colobes occidentaux noir-et-blanc immobiles dans une branche ombragée, faisant ce que les colobes font de mieux, c’est-à-dire avoir l’air décoratif et sentencieux simultanément.
Les hippopotames pygmées au crépuscule
L’hippopotame pygmée est l’un de ces animaux qui semble inventé jusqu’au moment où on en voit un. Plus petit et plus solitaire que son cousin commun, en danger critique d’extinction, nocturne par préférence — Tiwai possède une population parmi les plus accessibles au monde, ce qui signifie quand même une patience considérable et un peu de chance. La promenade du soir vers les vasières en bordure de rivière est obligatoire ici.
J’en ai vu un ma deuxième nuit. Il a émergé des roseaux en lisière d’eau vers sept heures du soir, se déplaçant avec la délibération tranquille de quelque chose qui n’a pas de prédateurs naturels sur cette île. Je l’ai observé pendant peut-être dix minutes. Joseph me regardait l’observer avec la satisfaction tranquille de quelqu’un qui montre cet animal à des inconnus incrédules depuis des années.
La forêt elle-même
Même sans le comptage des espèces, la forêt de Tiwai vaudrait le voyage. La canopée est intacte d’une manière qui devient de plus en plus rare — suffisamment haute pour que la lumière arrive verte et filtrée, l’air correspondant humide et riche d’une chose que je ne peux décrire qu’en termes de densité biologique. Chaque surface est occupée. Le paysage sonore à l’aube, avant que la chaleur ne monte et que les oiseaux ne se taisent, est extraordinaire. Je suis resté allongé dans mon lit de camp le premier matin sans bouger pendant trente minutes, à simplement écouter.
Le camp et les aspects pratiques
Le camp est basique mais pas inconfortable : des cabines simples avec moustiquaires, un espace repas commun, des douches à l’arrosoir. Les repas sont préparés par le personnel et sont meilleurs que l’infrastructure ne le laisse supposer — riz et sauce, poisson frais de la rivière, des fruits qui apparaissaient sans prévenir. Les droits de garde forestière vont directement à l’entretien de la réserve et aux salaires du personnel local, ce qui rendait leur règlement aussi peu compliqué que n’importe quelle transaction du voyage.
Quand y aller : De novembre à mai, la saison sèche, quand les sentiers forestiers sont praticables et que le niveau de la rivière permet des traversées en canoë faciles. Les pluies de juin à octobre peuvent rendre les sentiers impraticables et la traversée de la rivière plus difficile. De janvier à mars, la faune est la plus observable — les conditions sèches concentrent les animaux près des points d’eau et la visibilité à travers les sous-bois s’améliore considérablement.