Trapani
"Les marais salants étaient roses et les moulins étaient vieux et j'étais la seule personne plantée là. La Sicile avait gardé ça pour la fin."
L’ouest de la Sicile reçoit moins de monde que l’est, ce qui est soit son principal atout soit son principal problème selon ce que vous cherchez. Trapani se trouve à la pointe extrême de l’île, pointant vers la Tunisie comme une arrière-pensée ou une intention — l’Afrique est à 150 kilomètres d’ici, et on le sent dans la cuisine, la lumière et la platitude du paysage comparé au reste de l’île.
Les marais salants
Les Saline di Trapani, les marais salants au sud de la ville en direction de Marsala, sont la première chose. C’est un paysage de travail — on récolte le sel ici depuis les Phéniciens — mais qui est devenu, au passage, un spectacle naturel. L’eau peu profonde des bassins change de couleur au fil de la journée, du gris argenté du matin au rose saturé du coucher du soleil, quand les algues qui vivent dans l’eau hypersaline colorent la lumière. De vieux moulins de pierre se dressent entre les bassins, certains restaurés, d’autres non, tous photogéniques d’une manière qui vous gêne un peu de le remarquer.
J’y suis allé en fin d’après-midi et je suis resté jusqu’après la tombée du soleil. Il y avait quelques autres personnes. Une fois le soleil couché et le ciel devenu bleu-gris foncé, le rose a tenu dans l’eau plus longtemps qu’il ne semblait physiquement possible.
La vieille ville
La vieille ville de Trapani occupe la mince langue de terre qui s’avance dans la mer. La rue principale, le Corso Vittorio Emanuele, se termine à la Torre di Ligny, une tour de guet aragonaise à la pointe de la péninsule. La rue a la qualité ordinaire de la passeggiata du dimanche soir d’une ville sicilienne — tout le monde dehors, sans destination particulière, le rituel d’être vu dans son quartier.
Le marché aux poissons derrière le port, le matin, est un vrai marché de travail plutôt qu’un étalage touristique : espadon, rouget, dentice, le rose violacé des gamberi frais. J’ai acheté quelque chose que je n’arrivais pas à identifier et j’ai demandé au vendeur de m’expliquer. Il l’a fait, en dialecte sicilien, et j’en ai compris environ un tiers. Je l’ai acheté quand même.
Couscous et Afrique du Nord
Le cous cous di pesce est la chose à manger à Trapani. Il arrive dans un large bol, un bouillon versé sur la semoule et un mélange de tout poisson blanc et de coquillages présents au marché ce matin-là. Le lien avec la cuisine nord-africaine n’a rien de métaphorique ici — il est direct, historique, et ça se goûte. La version locale utilise une semoule plus grossière que le standard marocain et le bouillon est plus concentré. Il y a un festival du couscous à San Vito Lo Capo, au nord de Trapani, en septembre, qui attire des cuisiniers des deux rives de la Méditerranée.
Les îles Égades
Trapani est le point de départ pour les îles Égades — Favignana, Levanzo et Marettimo — trois petites îles qui comptent parmi les eaux les plus claires de la Méditerranée. Favignana est la plus visitée et conserve les ruines de l’industrie du thon (la mattanza, la chasse au thon rouge qui se déroulait ici chaque printemps depuis des siècles, a été abandonnée au début des années 2000 ; l’ancienne tonnara est aujourd’hui un musée). Marettimo est plus petite et plus tranquille, et vaut le temps de ferry supplémentaire.
J’ai pris le ferry rapide pour Favignana le temps d’une journée. L’eau de Cala Rossa — une petite crique de la côte nord — est d’une nuance de turquoise indécente, et on y nage avec le sentiment que la couleur est une faveur personnelle.
Quand y aller : De mai à juin pour les marais salants et la mer sans la cohue estivale. Septembre est excellent pour le festival du couscous et pour les îles Égades, quand la saison des excursionnistes s’est calmée. Les marais salants valent le détour à toute époque de l’année, mais la couleur rose est la plus intense du printemps au début de l’automne.