Raguse
"La ville s'était reconstruite en quelque chose de meilleur que ce que le séisme avait détruit. Le séisme a aidé, sur le plan architectural."
Un séisme de magnitude 7,4 a détruit les villes du sud-est de la Sicile en janvier 1693. Le bilan, à l’échelle de la région, se situe quelque part entre 60 000 et 100 000 morts. Ce qui s’est passé ensuite constitue l’un des épisodes les plus étranges de l’histoire de l’architecture européenne : les survivants ont reconstruit, mais ils ont reconstruit baroque — assuré, théâtral, lourdement orné, comme s’ils avaient décidé que si la terre comptait leur faire subir cela, ils répondraient par des courbes.
Raguse, ce sont deux villes. Ragusa Superiore est la ville haute, plutôt moderne. Ragusa Ibla est la vieille cité sur la crête inférieure, et Ragusa Ibla est la raison pour laquelle on vient.
Ibla à pied
L’approche d’Ibla depuis la ville haute passe par un escalier raide ou une longue route en courbe qui descend dans la vallée entre les deux crêtes avant de remonter. J’ai pris les marches à la descente et la route à la remontée, ce qui m’a offert deux vues entièrement différentes de la même ville de pierre. L’escalier vous plonge immédiatement dans sa texture — jardins en terrasses, scooters garés, un homme qui étend son linge, une porte ouverte sur une cuisine où quelqu’un faisait quelque chose de parfumé avec des oignons.
En bas, Ibla s’étire le long de sa crête avec une cohérence qui vient d’avoir été conçue d’un seul tenant. Le séisme a été, architecturalement, clarifiant. La Via del Mercato et les rues autour du Duomo di San Giorgio possèdent un rythme et une homogénéité de matériau — calcaire couleur de miel, balcons de fer aux corbeaux sculptés en forme de chevaux et de saints — qu’on ne trouve pas dans les villes qui ont évolué lentement.
San Giorgio
La cathédrale San Giorgio est la pièce maîtresse d’Ibla et ce qu’elle a de plus beau. La façade s’élève sur trois niveaux, colonnes corinthiennes et frontons courbes s’empilant vers le haut, le tout couronné d’un dôme ajouté au XIXe siècle et qui parvient à ne pas gâcher ce qu’il y a en dessous. La place qui s’étend devant descend en pente douce et a la qualité d’un décor de théâtre — le genre d’endroit où l’on s’assoit à une table de café en se demandant si quelqu’un est en train de filmer.
À l’intérieur, la lumière des vitraux, l’après-midi, est très bleue. Je me suis assis un moment sur un banc à ne rien faire. Cela m’a paru approprié.
Les jardins et le bout de la ville
Le Giardino Ibleo, à la pointe orientale de la crête, est un petit jardin public au-dessus d’un ravin — jacarandas, cactus, bancs où de vieux hommes lisent le journal, et tout au bord une vue plongeante dans la vallée sous la ville qui révèle la gorge calcaire au sommet de laquelle repose Ibla. La logique géologique du lieu devient claire d’ici : le plateau ibléen, creusé par les rivières, laissant ces villes de crête dans les interstices.
Une base pratique
Raguse est une bonne base pour le Val di Noto — Modica est à 15 kilomètres au sud (ville du chocolat, qui vaut une demi-journée), Noto à 45 kilomètres de plus, et Syracuse à une heure de voiture. Tout le circuit baroque du sud-est se gère facilement d’ici.
La ville a de bonnes tables — la cucina iblea est une affaire régionale à part entière : pâtes cavatelli, lapin cuit aux herbes locales, l’huile d’olive AOC de Ragusa Ibla, qui est du sérieux. Lia a déniché un petit restaurant près du Duomo qui la servait versée sur du pain chaud en entrée, ce qui relève soit de la simplicité rustique soit de l’essence même de la cuisine sicilienne, selon votre grille de lecture.
Quand y aller : Le printemps (avril-mai) et l’automne (octobre) sont les meilleurs mois — températures douces, belle lumière, une ville ni déserte ni saturée. Évitez la canicule d’août, quand la ville de calcaire se transforme en capteur solaire. En décembre, un petit marché de Noël s’installe dans le jardin d’Ibla, doux et local.