Mont Etna
"La montagne respirait visiblement. Nous avons quand même continué à marcher vers elle."
De loin, l’Etna n’a pas l’air dangereux. Il a juste l’air énorme — un large cône volcanique au-dessus de l’horizon est de la Sicile, qu’on remarque de partout et par rapport auquel on cale instinctivement sa position, comme on le fait avec les montagnes. Puis on s’approche et on commence à remarquer les champs de lave : des hectares de roche noire, déchiquetée, indifférenciée, sans arbre, sans couleur, portant encore la texture de la coulée qui l’a produite. Certaines de ces coulées datent des années 1990. D’autres sont plus anciennes. L’Etna ne s’arrête pas.
La montée
L’approche sud, par Nicolosi et le téléphérique, est la voie la plus établie et la plus fréquentée. J’y suis allé par le versant nord, par Linguaglossa sur la ligne de la Circumetnea — un train à voie étroite qui fait le tour de la base de la montagne, traversant des villages qui existent grâce au sol volcanique et malgré la proximité de celui-ci. Le versant nord est moins aménagé et les cratères accessibles de ce côté ressemblent moins à une attraction touristique et davantage à ce qu’ils sont réellement.
Depuis la station du téléphérique côté sud (2 500 m), des guides emmènent les groupes vers les cratères sommitaux, autour de 3 300 m. Le terrain là-haut est presque martien : cendre noire, fumerolles de soufre, un vent qui surgit de nulle part et disparaît. J’étais trop peu couvert et j’ai emprunté une couche supplémentaire à un guide. L’odeur est âcre et minérale, quelque part entre une allumette qu’on frotte et une source chaude.
Lia n’est pas montée jusqu’au sommet. Elle est restée à l’observatoire des cratères, à 1 900 m, et a dit que les vues sur la côte depuis là étaient de toute façon meilleures. Elle n’avait pas tort, mais le sommet, c’est le sommet.
Le vin
C’est la partie qui m’a pris au dépourvu. Les sols volcaniques de l’Etna produisent un vin qui ne ressemble pas au reste de la Sicile — altitude plus élevée, vignes plus vieilles, une minéralité que l’on goûte comme un fait plutôt que comme une description. Le Nerello Mascalese est le principal cépage rouge, cultivé en contrade (petites parcelles) sur le versant, des parcelles nommées et cartographiées avec un sérieux que les Bourguignons reconnaîtraient.
J’ai visité un petit producteur près de Randazzo, sur le versant nord. La cave était taillée dans la roche de lave. Le vin avait un goût de fer, de fraise des bois et d’autre chose que je n’arrivais pas à nommer. J’ai acheté six bouteilles, puis je me suis inquiété de devoir les transporter jusqu’à la maison pour le reste du voyage.
Les villages sur les pentes
Zafferana Etnea, sur le versant est, est un village agréable avec une fête du miel en octobre et de belles vues sur les champs de lave en contrebas — la coulée de 1992 s’est arrêtée à la lisière du village après qu’une intervention militaire eut tenté de la dévier au moyen de barrières. Les barrières n’ont pas servi à grand-chose ; la lave s’est tout simplement arrêtée d’elle-même. Ils ont quand même laissé les barrières.
Bronte, sur le versant ouest, est la capitale de la pistache en Italie. Les fruits poussent dans le sol volcanique et sont d’un vert intense et sucré. J’ai acheté de la crème de pistache en pot que j’ai mangée à la cuillère comme une conscience coupable.
Logistique pratique
Les randonnées guidées au sommet sont fortement recommandées plutôt que l’exploration en solitaire — l’Etna est actif et les conditions des cratères changent. Plusieurs agences opèrent depuis Catane. Le train de la Circumetnea est un bon moyen de voir les pentes inférieures sans conduire.
Quand y aller : le printemps (avril-mai) et l’automne (septembre-octobre) offrent les meilleures conditions — ciel dégagé, températures supportables en altitude, et de la neige sur les cratères supérieurs sans que l’accès soit fermé. En hiver, la montagne est lourdement enneigée et certains itinéraires ferment. L’été convient mais reste brumeux ; les vues sont meilleures en demi-saison.