Marsala
"Ce vin vieillit dans cette salle depuis avant ma naissance. On peut sentir les années."
Le nom Marsala vient de l’arabe Marsa Allah — port de Dieu — ce qui en dit long sur la durée pendant laquelle ce bout de côte a été considéré comme un bon endroit où faire halte. Les Phéniciens y ont fondé une ville. Les Arabes ont baptisé le port. Les Normands ont bâti par-dessus. Puis un marchand anglais nommé John Woodhouse débarqua en 1796 pendant une tempête, goûta le vin local, décida qu’il se vendrait mieux en Angleterre s’il était fortifié à l’eau-de-vie de raisin pour survivre à la traversée, et le reste appartient à l’histoire de l’exportation du vin.
Les cantinas
Je ne suis pas, dans l’absolu, un amateur de vins fortifiés, mais je suis quelqu’un qui goûte les choses là où elles naissent et qui en pense ensuite différemment. La cantina Florio, au sud de la ville, est la plus grandiose des productrices de Marsala — un complexe d’entrepôts de pierre du XIXe siècle le long de la côte, où des rangées d’énormes fûts de châtaignier et de chêne conservent le vin à différents stades de vieillissement. La visite traverse ces salles dans un ordre qui tient autant de l’odeur que de l’information : quelque chose entre la vanille, le raisin oxydé et le vieux bois, la température baissant à mesure qu’on s’enfonce dans le bâtiment.
La dégustation à la fin proposait trois Marsalas différents — sec, demi-doux et le Superiore vieilli — qui sont véritablement des vins distincts partageant un caractère comme des frères et sœurs partagent un visage. Le Marsala sec est celui qui m’a surpris. Il a une qualité umami qui joue avec la nourriture plutôt que contre elle.
Les petits producteurs du centre-ville ont des cadres moins théâtraux mais souvent des vins plus intéressants. J’ai trouvé une cantina dans une rue latérale près de la Piazza della Repubblica, à peine signalée, avec une pancarte à la fenêtre indiquant qu’elle était ouverte. Je suis entré. Un homme m’a versé quatre choses et me les a expliquées dans un italo-sicilien rapide. J’ai mieux compris le vin que les mots.
La vieille ville
Le vieux centre de Marsala est plus calme qu’on ne l’imaginerait pour une ville à ce profil œnotouristique. La Piazza della Repubblica possède une cathédrale à la façade baroque du XVIIIe siècle — à l’intérieur, une série de tapisseries flamandes du XVIe siècle dépeint des scènes de la vie du Christ avec une précision qui suggère qu’elles furent réalisées par des gens prenant leur métier très au sérieux. Le musée sous la cathédrale conserve le matériel archéologique de l’époque romaine.
Au Museo Archeologico Lilibeo, près du front de mer, se trouve un navire de guerre phénicien. Pas une reconstitution : un véritable navire de guerre punique de la première guerre punique (241 av. J.-C.), remonté du fond marin dans les années 1970, conservé dans un bâtiment dédié. Il mesure 35 mètres de long. Le bois est sombre et rétréci mais reste identifiable comme un navire, et le regarder dans sa vitrine de musée est une expérience étrange — quelque chose qui a coulé au combat au IIIe siècle avant notre ère, sorti de la mer et placé dans une salle où l’on peut en faire le tour.
Les Saline et le Stagnone
Au nord de la ville, la route vers Trapani longe la lagune du Stagnone — eau peu profonde, île de Mozia (un site archéologique phénicien accessible par bateau à fond plat), et les marais salants qui rejoignent ceux des environs de Trapani. La lumière, ici, en fin de journée, est large et plate, comme l’est la lumière côtière quand aucun relief ne lui donne d’angle. J’ai parcouru cette route le soir et je me suis arrêté deux fois sur le bas-côté.
Quand y aller : mai et juin avant l’installation de la chaleur estivale, ou septembre-octobre quand les vendanges battent leur plein dans tout l’ouest de la Sicile et que les cantinas sont à leur plus actif. Le Stagnone est beau toute l’année mais le plus accessible en été pour les excursions en bateau vers Mozia.