Le temple de la Concorde au crépuscule, ses colonnes doriques dorées se découpant sur un ciel orange profond au-dessus des amandiers de la Valle dei Templi
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Agrigente

"Un temple vieux de 2 500 ans dressé dans une amanderaie balayée par le vent. C'est tout. C'est tout l'argument."

Je n’étais pas préparé à le trouver aussi intact. Le temple de la Concorde n’est pas une ruine au sens habituel du terme — avec ses moignons de colonnes, ses reconstructions hasardeuses et ses panneaux explicatifs qui comblent les vides entre ce qui est là et ce qui ne l’est pas. C’est un temple dorique presque complet, ses trente-quatre colonnes toutes debout, l’architrave reposant dessus, le fronton visible, l’ensemble s’élevant d’un promontoire rocheux au-dessus de la Méditerranée avec l’assurance de quelque chose qui ne s’est jamais attendu à tomber et qui, du coup, n’est pas tombé.

La Vallée

La Valle dei Templi n’est en fait pas une vallée — c’est une crête, ce qui rend le nom grec (Akragas) plus logique que l’italien. Le site s’étire sur environ trois kilomètres le long de cette crête, avec des temples disposés en différents points, reliés par un sentier qui traverse des amandiers et des oliviers, soit atmosphériques soit logistiquement gênants selon la saison et selon qu’ils sont ou non en fleur.

J’y suis allé en février, ce que je n’avais pas prévu mais qui s’est révélé une chance : les amandiers étaient en fleur. Des fleurs blanches sur tout le flanc de la colline, le temple derrière, la mer en contrebas. C’est une de ces choses qu’une photographie aplatit en élément décoratif alors que la réalité a une profondeur, une odeur et un vent qui monte de la côte.

Le temple de Héra (aussi appelé Junon Lacinia) se trouve à l’extrémité est de la crête et capte le mieux la lumière du matin. J’y ai commencé et j’ai marché vers l’ouest. Le temps que j’atteigne le temple de la Concorde, le soleil avait dépassé la colline et la pierre était correctement éclairée — cette couleur or oxydé que prend le calcaire grec sous la lumière sicilienne.

Le Musée archéologique

Dans la ville d’Agrigente, au-dessus de la crête, le Museo Archeologico Regionale conserve le produit des fouilles menées sur l’ensemble du site — un complément nécessaire à la promenade dans la vallée si l’on veut comprendre ce que l’on regarde plutôt que se contenter d’en éprouver la présence.

Les télamons sont ici : des figures colossales sculptées, de 7,65 mètres de haut, qui soutenaient autrefois l’entablement du temple de Zeus Olympien. L’un d’eux est reconstitué, allongé sur le sol. L’échelle donne le vertige — ces figures étaient encastrées dans un temple trois fois plus grand que le Parthénon. Le temple n’est plus qu’une ruine aujourd’hui, peut-être effondré par un tremblement de terre, et ce qu’il en reste est un champ de blocs de pierre massifs et cette unique figure sur le sol d’un musée.

La ville au-dessus

Agrigente elle-même, la ville moderne sur la colline au-dessus des temples, est traitée injustement dans les récits de voyage — réduite à un simple point d’accès à la vallée. C’est une ville sicilienne de colline tout à fait normale, avec un quartier médiéval, une cathédrale et de bons restaurants locaux qui ignorent largement les touristes. J’ai mangé dans un endroit près de la cathédrale qui servait des pasta con le sarde — sardines, fenouil sauvage, pignons de pin, raisins secs — d’une manière qui avait le goût d’une version très précise de la Sicile, celle à laquelle les amanderaies du dehors m’avaient préparé.

Y aller et s’y déplacer

Agrigente est accessible en train depuis Palerme (deux heures) et Catane (trois heures et demie, avec un changement). La vallée elle-même se découvre le mieux à pied ; l’entrée principale, à l’est, est à quelques minutes de marche ou de taxi de la gare.

Quand y aller : février, pour la floraison des amandiers, vaut vraiment la fraîcheur du temps — la combinaison est extraordinaire et les foules absentes. Avril-mai est la deuxième meilleure fenêtre. Juillet-août reste gérable tôt le matin, mais la chaleur sur la crête exposée en milieu de journée est agressive.