La capitale la plus sophistiquée d'Afrique de l'Ouest, perchée sur une presqu'île fouettée par les vents de l'Atlantique et la musique wolof.
Dakar s’annonce d’abord par l’odeur — la puanteur ferreuse et salée de la marée basse mêlée au thiéboudienne grillé depuis le rebord d’une fenêtre, au diesel des bus Ndiaga Ndiaye bleus et jaunes qui grimpent péniblement la Corniche Ouest. La presqu’île fait à peine trente kilomètres de long, mais elle porte le poids entier d’une ville qui a toujours regardé vers l’extérieur, toujours commercé ses idées avec la mer.
Le Plateau et la Médina
Le Plateau colonial se dresse, fier, au-dessus du port, ses bâtiments administratifs blanchis à la couleur de vieilles dents, des figuiers s’arrachant à travers le bitume. Trois blocs vers l’ouest en direction du Marché Sandaga et la grille se dissout. La médina sent l’encens thiouraye et le bissap qui sèche sur des cordes tendues. Lia s’est arrêtée devant un mural rue Mohamed V — un visage de femme peint en rouge oxyde et cobalt, dix mètres de haut — et n’a plus bougé un moment. Moi non plus. L’art de rue à Dakar ne demande pas la permission ; il prend simplement le mur dont il a besoin.
Nous avons mangé à une table en plein air devant un petit restaurant près du marché HLM : thiéboudienne jën, le plat national, du riz cuit dans un fond de tomate et de poisson assez profond pour s’y noyer, avec du mérou entier et de l’aubergine brûlée. Ça arrive dans un grand plat commun. On mange avec la main droite ou une cuillère si besoin, et personne ne vous presse.
La Corniche et Gorée
La route de la Corniche-Ouest longe le flanc atlantique de la presqu’île, et en fin d’après-midi elle devient une sorte de promenade en plein air. Des lutteurs s’entraînent sur la plage en contrebas de Soumbédioune, leurs pieds laissant de profondes empreintes dans le sable mouillé. Des hommes plus âgés en grand boubou sont assis sur le mur de la mer à regarder rien de particulier. La lumière à cinq heures a une qualité particulière — chaude et horizontale, rebondissant sur l’eau avec une férocité inhabituelle, le genre de lumière qui donne aux choses ordinaires l’air d’avoir été choisies.
Le ferry pour l’île de Gorée prend vingt minutes depuis le port. Ce qui m’a surpris, ce n’était pas la Maison des Esclaves — j’en avais lu des choses et m’y étais préparé — mais le silence des ruelles intérieures de l’île. Bougainvillées. Murs roses. Des chats sur chaque corniche. Un endroit qui porte un deuil immense à l’intérieur d’un paysage d’une beauté presque douloureuse.
Ce qu’il faut savoir
Le muezzin de la Grande Mosquée de Dakar appelle avant l’aube avec un sérieux qui réorganise votre matinée. Les salutations en wolof comptent — nanga def et une réponse appropriée ouvre des conversations qui resteraient autrement fermées. La teranga, l’éthique locale de l’hospitalité, n’est pas un slogan touristique. Les gens la vivent vraiment.
Quand y aller : Novembre à février apporte la clarté sèche de l’harmattan, des températures plus fraîches et la meilleure lumière pour la presqu’île. Éviter juillet et août — l’humidité et la chaleur rendent tout plus difficile.